Le 2 septembre 31 av. J.-C., au large d’Actium, dans le golfe Ambracique sur la côte occidentale de la Grèce, la flotte d’Octavien — conduite par son ami et stratège naval Marcus Vipsanius Agrippa — affronte celle de Marc Antoine, allié et amant de Cléopâtre VII. La manœuvre d’enveloppement d’Agrippa, la chaleur, la malaria et la disette qui minent le camp antonien transforment l’affrontement en rupture décisive : Cléopâtre force le blocus avec une soixantaine de navires et le trésor d’Égypte, Antoine la suit, laissant ses vaisseaux et ses légions démoralisés face au blocus d’Octavien. Les défections s’enchaînent ; la dernière guerre civile de la République romaine vient de basculer.
Le dernier acte des guerres civiles
Depuis des mois, la propagande d’Octavien exploite la « trahison orientale » d’Antoine : répudiation d’Octavie, sœur d’Octavien, « donations d’Alexandrie », reconnaissance de Césarion. Sans déclarer la guerre à Antoine (encore influent à Rome), le Sénat la vote contre Cléopâtre. Piégé à Actium après la prise de Méthone et de Corcyre par Agrippa, Antoine tente une sortie navale avec des vaisseaux lourds, bardés de tours et de machines de jet. Face à des liburnes plus maniables, l’aile d’Antoine s’étire, le centre se creuse : Cléopâtre s’y engouffre vers la haute mer. Le soir venu, flotte et armée à terre se rendent l’une après l’autre.
D’Alexandrie à l’Auguste paix
En Égypte, Antoine et Cléopâtre comprennent l’issue : assiégés, ils se donnent la mort l’année suivante. Octavien s’empare du trésor lagide, fait de l’Égypte le grenier fiscal de Rome, et célèbre son triomphe. Maître unique, il fonde Nicopolis (« ville de la victoire ») près d’Actium et érige sa victoire en récit fondateur : en 27 av. J.-C., le « princeps » reçoit le nom d’Auguste. Actium n’est pas seulement une bataille navale remportée par l’audace d’Agrippa ; c’est la charnière qui clôt un siècle de guerres civiles et ouvre le principat, cette monarchie de fait drapée dans les formes républicaines.