La Sécurité sociale s’enfonce dans un gouffre budgétaire que la Cour des comptes juge désormais inquiétant. À la veille du débat sur le budget 2026 à l’Assemblée nationale, l’institution de contrôle des finances publiques a tiré la sonnette d’alarme sur la fragilité des projections gouvernementales, estimant que la trajectoire prévue pour le redressement du système reposait sur des hypothèses peu réalistes.
Un déficit qui échappe à tout contrôle
Le président de la Cour, Pierre Moscovici, a présenté lundi une note détaillant une situation qu’il qualifie de « très vulnérable ». Selon lui, les objectifs fixés pour 2026 relèvent presque du pari. Le déficit de la Sécurité sociale, déjà prévu à 23 milliards d’euros pour 2025, devrait en théorie retomber à 17,5 milliards en 2026. Mais ces chiffres sont jugés fragiles par la Cour, qui estime qu’un simple infléchissement du débat parlementaire pourrait provoquer un maintien, voire une aggravation du trou. Moscovici a prévenu que dans un tel scénario, la France risquait de ne pas respecter les objectifs de ses finances publiques. Cette alerte n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, la Cour s’inquiète d’une dérive chronique des comptes sociaux. Et cette fois, le constat est d’autant plus sévère que la situation économique du pays ne justifie pas un tel déséquilibre. Aucune crise majeure ne vient expliquer cette dégradation continue, qui révèle plutôt une incapacité structurelle à maîtriser la dépense sociale.
Des mesures d’austérité difficiles à tenir
Le projet de budget 2026 présenté par le gouvernement Lecornu, élaboré dans la continuité du précédent exécutif dirigé par François Bayrou, vise à limiter les dépenses d’assurance maladie à une hausse de 1,6 %. Un niveau de rigueur inédit depuis 2015. Mais cette discipline budgétaire repose sur des choix contestés : la non-indexation sur l’inflation des retraites et prestations sociales, et le doublement des franchises médicales. Deux mesures explosives politiquement, censées rapporter plusieurs milliards, mais jugées socialement injustes par l’opposition et une partie de la majorité. Face à la grogne, le Premier ministre a déjà reculé. Sébastien Lecornu a annoncé vendredi soir à l’Assemblée nationale qu’il renonçait à la non-indexation, reconnaissant implicitement le caractère intenable de cette mesure. Il a également invité les parlementaires à « desserrer un tout petit peu la pression » sur les économies imposées aux hôpitaux, déjà à bout de souffle après plusieurs années de restrictions. La Cour des comptes redoute que ces concessions successives ne rendent le budget 2026 encore plus incertain. Sans réformes structurelles ni redéfinition des priorités de financement, le système de protection sociale français risque de voir son déficit se creuser durablement. L’institution appelle donc à des décisions plus courageuses, rappelant que la Sécu, censée protéger les Français, ne pourra continuer à jouer son rôle qu’à condition de retrouver un équilibre viable.