Crise diplomatique entre Paris et Alger : la France durcit les visas pour les diplomates algériens
Crise diplomatique entre Paris et Alger : la France durcit les visas pour les diplomates algériens

La tension entre la France et l’Algérie franchit un nouveau seuil. Le président Emmanuel Macron a ordonné mercredi un durcissement des conditions d’obtention de visas pour les diplomates algériens, dans un contexte de crispation croissante autour des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière. Une décision symbolique et stratégique qui marque une nette dégradation des relations entre les deux pays.

Dans une lettre adressée à son Premier ministre François Bayrou, et consultée par Reuters, Emmanuel Macron estime que les blocages persistants sur les retours de migrants algériens et les préoccupations sécuritaires imposent une « position plus ferme » vis-à-vis d’Alger. Le chef de l’État pointe directement l’attitude de l’Algérie, qu’il accuse de freiner les procédures de réadmission, malgré les engagements bilatéraux.

Conséquence immédiate : la suspension officielle d’un accord de 2013, qui permettait aux détenteurs de passeports diplomatiques et officiels algériens de voyager sans visa en France. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a reçu pour instruction de notifier cette décision à Alger. En parallèle, le ministère de l’Intérieur a été chargé de solliciter les autres États membres de l’espace Schengen pour restreindre également l’octroi de visas de court séjour à ces mêmes catégories de ressortissants.

Cette mesure s’inscrit dans un durcissement global de la politique migratoire française, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, sur fond de montée des discours sécuritaires et d’exigences de fermeté portées par la droite et l’extrême droite. Elle vise aussi à faire pression sur Alger pour qu’elle reprenne plus efficacement ses ressortissants expulsés ou visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Les autorités algériennes n’ont pas encore réagi officiellement, mais cette annonce risque de raviver les tensions historiques et diplomatiques récurrentes entre les deux pays, toujours marquées par les séquelles de la colonisation et les différends mémoriels. En 2021 déjà, la France avait réduit l’octroi de visas aux ressortissants algériens, marocains et tunisiens, pour des raisons similaires, provoquant un tollé à Alger.

En ciblant cette fois les détenteurs de passeports diplomatiques, Paris frappe un symbole de la souveraineté algérienne et envoie un message politique fort. Reste à savoir si cette pression portera ses fruits ou si elle entraînera, à l’inverse, une escalade diplomatique difficile à contenir.

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