Fashion Week de Paris : Mossi Traoré transforme son défilé en procès à la Cour d’appel
Fashion Week de Paris : Mossi Traoré transforme son défilé en procès à la Cour d’appel

Pour présenter sa collection automne-hiver 2026-2027, Mossi Traoré n’a pas choisi le format classique du podium. Le créateur a préféré installer son défilé à la Cour d’appel de Paris et le construire comme une audience grandeur nature, où mannequins, invités et décors participaient à une véritable fiction judiciaire. Plus qu’un simple show, la présentation prenait la forme d’un procès symbolique, pensé pour raconter un parcours, une méthode et une vision de la mode.

Dans cette mise en scène, le créateur se retrouvait lui-même au centre de l’affaire. Accusé de divers écarts et débrouilles — du vol dans un grand magasin au mensonge fait à Vogue en se faisant passer pour son propre attaché de presse — il faisait de cette comparution imaginaire le cœur même de sa collection. Une manière de transformer son histoire en récit public, et de faire entrer dans la mode les questions d’origine sociale, d’accès aux réseaux et de légitimité.

Un tribunal comme podium, des robes comme plaidoiries

Le lieu donnait immédiatement le ton. Dans ce décor solennel, Mossi Traoré a imaginé une collection nourrie par les codes du monde judiciaire : toges, vestes d’avocat, silhouettes de magistrats et lignes de tailleurs ont été retravaillées dans un langage beaucoup plus libre. Les volumes étaient amples, les formes souvent asymétriques, les drapés omniprésents, avec des robes et ensembles qui glissaient sans cesse du vêtement d’autorité vers une allure plus théâtrale.

Les blazers plongeants, les pantalons larges, les traînes, les superpositions, les bandanas ou encore certains jeans portés à l’envers venaient troubler les repères. Les couleurs, elles aussi, faisaient sortir ce vestiaire de la stricte robe noire : bleus, verts, rayures fines et jeux de contrastes construisaient un ensemble plus vivant, presque narratif. Après leur passage, les mannequins rejoignaient les places du tribunal pour incarner la présidente, les témoins, l’accusation ou la défense, comme si chaque silhouette devenait à la fois costume et argument.

Un défilé-manifeste sur la débrouille, l’origine sociale et la mode

Ce dispositif ne relevait pas seulement du spectacle. Il servait aussi à mettre en scène ce que Mossi Traoré veut dire de la mode et de sa propre trajectoire. Né en région parisienne, élevé loin des circuits traditionnels du luxe, le créateur a souvent raconté avoir dû avancer par ruse, intuition et persévérance. Ce défilé rejouait cette réalité sous une forme ironique : celle d’un homme “jugé” pour avoir tenté d’entrer dans un monde qui ne lui était pas spontanément ouvert.

La collection prend alors une portée plus large que son seul vestiaire. Elle parle d’inégalités d’accès, de créativité née du manque, de contournements imposés à ceux qui ne disposent ni des bons codes ni des bons relais. À travers cette audience fictive, Mossi Traoré ne présentait pas seulement des vêtements : il plaidait aussi pour une mode plus ouverte, plus consciente de ses barrières sociales, et capable de regarder autrement les parcours autodidactes.

Avec ce procès mis en scène, le créateur signe l’un des défilés les plus singuliers de cette Fashion Week parisienne. Une proposition où la couture, le théâtre et le commentaire social se rejoignent, sans jamais sacrifier le style.

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