Des millions de dollars sont en jeu alors que le prince Harry retourne ce lundi au tribunal pour le troisième et dernier volet de sa lutte juridique contre les tabloïds britanniques. Le duc de Sussex est le principal plaignant d’une affaire regroupant plusieurs personnalités célèbres, dont Elton John, les actrices Elizabeth Hurley et Sadie Frost. Ils accusent l’éditeur du Daily Mail d’avoir violé leur vie privée en utilisant des méthodes illégales pour les espionner et obtenir des informations à sensation. Selon eux, Associated Newspapers Ltd. aurait engagé des détectives privés pour placer des micros dans leurs voitures, obtenir leurs dossiers privés et écouter leurs conversations téléphoniques. L’éditeur nie ces accusations et les qualifie d’« absurdes ».
Le procès, qui se déroule à la Haute Cour de Londres, devrait durer neuf semaines. Harry retournera à la barre pour la deuxième fois depuis 2023, lorsqu’il est devenu le premier membre senior de la famille royale à témoigner depuis plus d’un siècle. À son arrivée, il a salué les journalistes avec un sourire et un « bonjour » en entrant par une entrée latérale.
Le scandale des écoutes téléphoniques
Cette affaire fait partie d’un vaste scandale d’interceptions illégales de messages vocaux qui a touché la presse britannique au début des années 2000. Harry avait déjà remporté un jugement en 2023 contre le Daily Mirror pour « écoutes téléphoniques généralisées et répétées ». L’année dernière, le tabloïd britannique de Rupert Murdoch a présenté des excuses inédites et accepté de verser d’importants dommages pour régler une autre plainte pour atteinte à la vie privée.
Le prince Harry affirme que sa démarche dépasse les simples gros titres. Il tient la presse responsable de la mort de sa mère, la princesse Diana, tuée dans un accident de voiture à Paris en 1997 alors qu’elle était poursuivie par des paparazzi. Il les accuse aussi d’avoir harcelé sa femme, Meghan, duchesse de Sussex, au point de les pousser à quitter la famille royale pour s’installer aux États-Unis en 2020.
Et si Harry en profitait pour réparer les liens familiaux ?
L’un des enjeux pour le prince Harry est de tenter de rétablir des relations tendues avec sa famille, depuis sa fuite en Amérique et la publication de son mémoire brûlant Spare en 2023, ainsi que la diffusion d’une série Netflix évoquant ses conflits familiaux.
Ses relations avec son père, le roi Charles III, semblent s’améliorer légèrement après leur rencontre pour le thé l’automne dernier. Mais une vraie réconciliation reste improbable. La visite de Harry à Londres devrait se limiter à l’ouverture du procès et à son témoignage initial, alors que Charles se trouve en Écosse.
Des faits qui remontent jusqu’en 1993
L’affaire contre le Daily Mail, déposée en 2022, a déjà donné lieu à plusieurs audiences contentieuses. Les avocats du journal avaient demandé son rejet, arguant que certaines plaintes, remontant à 1993, étaient prescrites. Mais le juge Matthew Nicklin a estimé que l’affaire avait « de réelles chances de succès ».
Dans le même temps, il a jugé que certains documents confidentiels ne pouvaient pas être utilisés par Harry et les autres plaignants. Les avocats de Harry ont cependant obtenu par la suite l’autorisation du gouvernement britannique pour s’en servir.
Un détective aux déclarations contradictoires
Un détective privé, dont le nom figure sur une déclaration sous serment soutenant Harry et les autres célébrités, a ensuite nié les avoir espionnés. Il avait affirmé avoir réalisé « des centaines de missions » pour le Mail entre 2000 et 2005, mais a ensuite signé une autre déclaration déclarant n’avoir jamais été engagé pour des activités illégales. L’impact de ces contradictions sur l’affaire reste incertain.
Parmi les autres plaignants figurent la militante anti-racisme Doreen Lawrence et l’ancien politicien Simon Hughes.