Le livre de mémoires de Gisèle Pelicot est sorti mardi dans 22 langues à travers le monde, partageant les détails de l’horreur qu’elle a vécue et envoyant un message puissant d’espoir et de soutien aux victimes d’abus sexuels. « Je voulais que mon histoire aide les autres », a déclaré Gisèle Pelicot à France 5 la semaine dernière, avant la sortie de son livre, Un Hymne à la Vie, La Honte Doit Changer de Camp.
Survivre et se reconstruire
Gisèle Pelicot y raconte son histoire de survie ainsi que dans sa première série d’interviews depuis le procès historique de 2024 qui a fait d’elle une icône mondiale contre les violences sexuelles et qui a conduit à l’emprisonnement de son mari, qui la droguait pour que d’autres hommes puissent l’agresser. « Aujourd’hui, je vais mieux, et ce livre m’a permis de faire un travail de réflexion sur moi-même, de faire le point sur ma vie », a-t-elle déclaré. « J’ai dû essayer de me reconstruire sur ce champ de ruines. Aujourd’hui, je suis une femme qui se tient debout et forte. »
Gisèle Pelicot a expliqué que son livre vise à transmettre « un message d’espoir à toutes les femmes qui traversent une période très compliquée de leur vie ».
Une affaire qui choque le monde
L’affaire, ainsi que la décision de Pelicot de renoncer à l’anonymat et de parler publiquement, a provoqué une prise de conscience sur la culture du viol en France et au-delà, sa dignité et sa force impressionnant de nombreuses personnes à travers le monde.
La superstar de la gymnastique et médaillée d’or olympique Simone Biles, elle-même survivante d’abus sexuels, a rendu hommage à Pelicot dans un message diffusé par la BBC : « Gisèle a montré au monde que ce n’est pas aux victimes d’abus sexuels de ressentir de la honte, c’est aux auteurs. En renonçant à son anonymat et en refusant de se sentir honteuse, Gisèle ouvre la voie à d’autres victimes pour se manifester. »
À la librairie « Des Femmes » à Paris, plusieurs lecteurs étaient impatients d’acheter le livre de Gisèle Pelicot le jour de sa sortie. « Je veux le lire », a déclaré Cécile Megueulle, qui admire Pelicot. « Mais je me dis que le lire sera… en fait un peu effrayant. Le fait de ne pas être à sa place mais de pouvoir voir l’autre côté du miroir, comment elle l’a vécu et comment elle a réussi, je ne sais pas si on peut dire ça, à s’en sortir. »
Selma Memic, avocate à Genève, a ajouté : « L’affaire était connue comme ‘l’affaire Pelicot’… et maintenant on va entendre parler de ‘Gisèle’. Donc, c’est peut-être ce que je recherche. Qui est Gisèle ? Quels sont ses sentiments ? Comment regarde-t-elle ce procès avec le recul ? »
Des condamnations historiques
En décembre 2024, l’ex-mari de Pelicot, Dominique Pelicot, et 50 autres hommes ont été condamnés pour l’avoir agressée sexuellement entre 2011 et 2020 alors qu’elle était sous soumission chimique. Il a été condamné à 20 ans de prison, tandis que les autres prévenus ont reçu des peines allant de trois à quinze ans.
Une cour d’appel a ensuite augmenté la peine de Husamettin Dogan, un ouvrier du bâtiment, qui était le seul prévenu à contester sa condamnation.
Dominique Pelicot, avec qui Gisèle Pelicot avait été mariée pendant près de 50 ans, a reconnu que pendant des années il mélangeait des sédatifs dans sa nourriture et ses boissons pour pouvoir la violer et inviter d’autres hommes à en faire autant.
Une prise de conscience législative
Le procès sans précédent a révélé comment la pornographie en ligne, les salons de discussion et les notions déformées du consentement peuvent alimenter la violence sexuelle.
La France a adopté en octobre dernier une loi qui définit le viol et les autres agressions sexuelles comme tout acte sexuel non consensuel, dans le sillage de l’affaire Pelicot, rejoignant ainsi de nombreux autres pays européens disposant de lois similaires basées sur le consentement, notamment l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne. Jusqu’alors, le viol était défini par la loi française comme une pénétration ou un rapport oral commis « par violence, contrainte, menace ou surprise ».