Lorsqu’il est monté sur scène en Égypte pour saluer l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, Donald Trump était entouré de dirigeants européens relégués au rôle de figurants. Cette image résume la place qu’occupe aujourd’hui l’Europe sur la scène diplomatique : marginalisée par la politique étrangère du président américain, redevenu l’architecte central de l’ordre mondial.
Alors que le conflit en Ukraine se poursuit et que la paix fragile à Gaza dépend de Washington, les capitales européennes peinent à influer sur les décisions d’un président imprévisible, plus attiré par Moscou, Pékin ou Riyad que par Bruxelles. « L’Europe ne peut pas influencer Trump », estime la géopoliticienne Lindsay Newman. « Il redessine le monde à son image, et personne ne l’en empêche. »
Sur le dossier ukrainien, l’Europe tente de maintenir un front uni malgré les divergences internes. Trump, qui avait promis de « régler la guerre en un jour », a fini par sanctionner le secteur énergétique russe, non pour soutenir Kiev mais par dépit face à Vladimir Poutine. Il a également laissé entendre qu’un accord de paix pourrait impliquer des concessions territoriales de la part de l’Ukraine, une position jugée inacceptable à Paris, Varsovie et Berlin.
Une Europe divisée et affaiblie
Face à cette diplomatie brutale, les Européens oscillent entre frustration et prudence. Certains, comme la France, saluent les sanctions américaines contre Moscou, tandis que d’autres redoutent une marginalisation stratégique. L’Union européenne peine d’ailleurs à s’accorder sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction ukrainienne, en raison des réticences de la Belgique et de la Hongrie.
Sur le plan diplomatique, la situation n’est guère meilleure. Dans le dossier israélo-palestinien, Trump a éclipsé toute initiative européenne en imposant un cessez-le-feu à sa manière, sans réelle consultation. La reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays européens n’a fait qu’accroître les tensions avec Washington.
Pourtant, tout n’est pas perdu pour l’Europe. Si Trump menace régulièrement de désengager les États-Unis de l’OTAN, il n’a pas retiré les troupes américaines du continent. Poussés par cette pression, plusieurs pays ont augmenté leurs budgets militaires. « Si les Européens restent unis, ils peuvent encore peser », estime l’historienne Kathleen Burk.
L’Europe avance donc en ordre dispersé, tentant de préserver son influence dans un monde remodelé par la vision souverainiste et transactionnelle d’un président américain qui, plus que jamais, dicte seul le tempo des relations internationales.