Le 17 décembre 1837, en plein cœur de l’hiver russe, un violent incendie éclate au Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, résidence officielle des tsars. Attisé par le froid extrême et par le fonctionnement intensif des systèmes de chauffage, le sinistre ravage l’un des édifices les plus prestigieux de l’Empire russe pendant plus de trente heures, sous les yeux impuissants de la cour et de la population.
Un feu né du froid
En cette mi-décembre glaciale, les poêles du palais fonctionnent à plein régime afin de maintenir une température supportable dans l’immense bâtiment. Dans la salle Pierre Ier, la chaleur excessive enflamme les boiseries, provoquant un départ de feu brutal. Très rapidement, les flammes se propagent à travers les galeries et les appartements, alimentées par les décors en bois et les vastes volumes intérieurs du palais.
Face à l’ampleur du sinistre, près de 6 000 pompiers et soldats, notamment des grenadiers de la Neva, sont mobilisés. Pendant trente heures, ils pompent l’eau du fleuve voisin pour tenter de contenir l’incendie. Malgré leurs efforts, une grande partie des décors intérieurs est détruite. Les murs tiennent, mais les salles d’apparat, plafonds, boiseries et tentures disparaissent dans les flammes.
Sauver l’art à tout prix
Dans l’urgence, la priorité est donnée aux collections artistiques rassemblées depuis le XVIIIe siècle par Catherine II. Tableaux, sculptures et objets précieux sont évacués à la hâte. Faute de mieux, nombre d’œuvres sont simplement jetées dans la neige pour les soustraire au feu. Cette décision improvisée permet de sauver l’essentiel des trésors impériaux, qui formeront plus tard le cœur des collections de l’Ermitage.
La volonté de reconstruire
Dès l’extinction de l’incendie, le tsar Nicolas Ier ordonne la reconstruction du Palais d’Hiver. Soucieux de préserver le prestige de la monarchie, il exige une restauration à l’identique des salles détruites. Les travaux sont menés à un rythme exceptionnel et s’achèvent en un peu plus d’un an. Le palais retrouve son faste et accueille de nouveau la cour, tout en intégrant davantage les collections impériales jusque-là dispersées.
L’incendie de 1837 marque un tournant dans l’histoire du Palais d’Hiver. Reconstruit, renforcé et enrichi, il devient à la fois symbole de la puissance impériale et écrin majeur de l’art européen. Transformé en musée d’État après la Révolution de 1917, il demeure aujourd’hui, à travers l’Ermitage, l’un des plus grands témoignages architecturaux et culturels de la Russie des tsars.