La trêve commerciale conclue à Londres entre les États-Unis et la Chine n’a pas permis de résoudre une question majeure de sécurité nationale : le contrôle par Pékin des terres rares à usage militaire. Selon deux sources proches des négociations, la Chine a refusé de s’engager à lever les restrictions sur certains aimants spécialisés essentiels aux avions de chasse et aux missiles américains, laissant planer une incertitude stratégique majeure pour Washington.
Alors que les discussions initiales portaient sur les opioïdes, les droits de douane et les déséquilibres commerciaux, elles se sont déplacées ces derniers mois vers les exportations technologiques sensibles. Pékin a clairement lié la question des terres rares à celle des restrictions américaines sur les puces d’intelligence artificielle avancées. Washington, de son côté, refuse tout « donnant-donnant », affirmant par la voix du secrétaire au Trésor Scott Bessent qu’aucun assouplissement sur les semi-conducteurs ne sera consenti en échange d’un accès aux minéraux stratégiques.
La Chine détient un quasi-monopole sur l’extraction, le traitement et le raffinage des terres rares — des éléments cruciaux dans l’armement moderne. Un accord conclu en avril à Genève, censé réduire les droits de douane, avait déjà échoué sur cette même question. Depuis, l’administration Trump a durci ses positions en bloquant notamment les exportations vers la Chine de logiciels de conception de puces, de moteurs d’avions et d’autres technologies sensibles.
À Londres, Pékin a offert quelques concessions limitées : elle s’est engagée à accélérer l’examen des licences d’exportation pour des fabricants non militaires américains, via une « voie verte » de six mois. Le producteur JL MAG a confirmé avoir obtenu de nouvelles licences, y compris vers les États-Unis. Mais sur les terres rares les plus sensibles — comme le samarium, utilisé dans les systèmes d’armement —, la Chine n’a fait aucun geste.
Cette impasse rend improbable tout accord commercial global d’ici à la date limite du 10 août, établie à Genève. Washington envisagerait déjà de prolonger les droits de douane actuels de 90 jours supplémentaires. Selon des analystes, l’administration Trump pourrait aussi utiliser ce délai pour reformuler ses mesures tarifaires sous une nouvelle justification juridique, au cas où les tribunaux américains invalideraient les tarifs actuels.
Officiellement, Donald Trump continue d’afficher son optimisme, qualifiant l’accord de Londres d’« excellent » et affirmant que « tout va très bien se passer ». Mais pour de nombreux observateurs, les tensions commerciales sino-américaines entrent dans une phase plus structurelle et plus difficilement réversible. « Le contrôle des terres rares donne à Pékin un levier considérable », estime Ryan Hass, de la Brookings Institution. « Et l’équipe Trump commence seulement à mesurer les limites de son approche. »
Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement militaires dépendent fortement de composants chinois, l’absence de solution sur les terres rares constitue une vulnérabilité persistante pour les États-Unis. Et tant qu’aucun compromis durable ne sera trouvé, les risques géopolitiques autour de ces ressources stratégiques resteront un point de friction majeur entre les deux puissances.