Alors que des dizaines de chefs d’État se préparent à se réunir sous le soleil andalou pour le sommet décennal des Nations Unies sur le financement du développement, une ombre majeure plane sur l’événement : le retrait fracassant des États-Unis. Washington, plus grand contributeur mondial à l’aide au développement, a décidé de boycotter la rencontre, compromettant ainsi les ambitions portées par ce rendez-vous international prévu du 30 juin au 3 juillet à Séville.
Ce sommet vise à combler un déficit de financement annuel estimé à 4 000 milliards de dollars, essentiel pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU, notamment en matière de lutte contre la pauvreté, les maladies et les effets du changement climatique. Le plan d’action, baptisé « Engagement de Séville », propose une série de réformes clés : triplement de la capacité de prêt des institutions multilatérales, allègement de la dette des pays les plus vulnérables, augmentation des recettes fiscales intérieures avec un objectif de 15 % du PIB, et redistribution des droits de tirage spéciaux du FMI vers les États en crise.
Mais les États-Unis ont refusé de cautionner plusieurs de ces engagements. Le gouvernement américain invoque des désaccords fondamentaux sur des points tels que l’expansion des capacités de prêt des banques de développement, les réformes des règles fiscales internationales, ou encore l’utilisation du terme « genre » dans les textes finaux. Cette décision a été dénoncée par l’ONU comme un revers grave pour les efforts de solidarité mondiale. Amina Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations Unies, a qualifié ce retrait de « regrettable » et a rappelé que les coupes récentes dans l’aide américaine ont déjà eu des conséquences « catastrophiques », coûtant des vies humaines.
L’Union européenne, quant à elle, a maintenu sa participation, mais avec des réserves, notamment sur les discussions relatives à la gestion de la dette souveraine dans les enceintes onusiennes. Ces divisions internes compliquent davantage un sommet déjà fragilisé par les tensions géopolitiques croissantes et le manque d’engagements fermes des grandes puissances économiques.
Malgré ces obstacles, l’ONU espère encore sauver la dynamique du sommet. Les diplomates s’activent pour renforcer les coalitions autour des propositions existantes et maintenir l’élan en faveur d’une réforme du système financier international. Mais sans le soutien de Washington, les ambitions de Séville risquent fort de rester lettre morte.