Le département du Trésor américain a annoncé mercredi la levée des sanctions économiques visant le dirigeant nationaliste serbe de Bosnie, Milorad Dodik, ainsi que plusieurs de ses proches, membres de sa famille et entreprises associées. La décision, rendue publique par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), met fin à des années de gel d’avoirs et de restrictions commerciales imposées à l’une des figures politiques les plus controversées des Balkans.
L’OFAC n’a pas donné de raison officielle à cette levée de sanctions, mais plusieurs sources diplomatiques à Sarajevo évoquent des discussions discrètes entre responsables américains et serbes de Bosnie en vue de rétablir un dialogue plus constructif après des années de tensions. Selon ces mêmes sources, Washington chercherait à encourager une désescalade politique dans la région et à freiner l’influence croissante de la Russie, dont Dodik est un allié affiché.
Milorad Dodik, président de la Republika Srpska — l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine —, avait été sanctionné par les États-Unis pour avoir sapé les institutions de l’État central bosnien et menacé l’intégrité territoriale du pays. Il est régulièrement accusé de discours sécessionnistes et d’entretenir des liens étroits avec le Kremlin. En avril 2025, il avait d’ailleurs rencontré Vladimir Poutine à Moscou, réaffirmant son soutien à la Russie dans plusieurs dossiers internationaux.
Parmi les personnes concernées par cette levée figurent plusieurs ministres régionaux, ainsi que le fils et la fille de Dodik, tous précédemment sanctionnés pour leur rôle présumé dans des affaires de corruption et de favoritisme économique. Plusieurs entreprises liées à la famille Dodik, notamment dans les secteurs de la construction et de l’énergie, voient également leurs avoirs débloqués.
Cette décision américaine a été accueillie avec soulagement à Banja Luka, le siège du gouvernement serbe de Bosnie, où des responsables locaux y voient « un geste d’ouverture et de reconnaissance du dialogue ». Cependant, à Sarajevo, de nombreux responsables bosniaques ont exprimé leur inquiétude, estimant que cette mesure pourrait être interprétée comme une forme de légitimation des politiques nationalistes de Dodik.
Les observateurs internationaux s’interrogent désormais sur la portée politique de ce geste : certains y voient une manœuvre diplomatique américaine pour réduire la dépendance de la Republika Srpska à la Russie, tandis que d’autres redoutent qu’il renforce la position interne de Dodik à l’approche d’échéances électorales régionales sensibles.