Des milliers d’étudiants internationaux aux États-Unis ont vu leur avenir brutalement basculer au printemps, après l’annulation soudaine de leur statut légal par les autorités américaines. Bien que l’administration Trump soit revenue en partie sur cette décision et ait engagé une procédure de réactivation des dossiers, pour de nombreux étudiants, le mal est déjà fait. Expulsés, sans visa, certains sont désormais bloqués hors du pays, sans perspective claire de retour.
Un étudiant sud-asiatique installé à Houston, qui souhaite garder l’anonymat, a perdu son emploi en laboratoire et a dû quitter précipitamment les États-Unis par crainte d’être arrêté. Peu après, il a appris que son visa avait été révoqué. Depuis, il vit chez sa mère dans son pays d’origine, sans pouvoir espérer un entretien de visa avant au moins un an. Son cas est lié, selon lui, à une ancienne accusation de fraude abandonnée en 2021. « Révoquer un visa, ce n’est pas juste affecter des études. C’est toute une vie qu’on détruit », confie-t-il, en évoquant aussi la perte de son père et ses difficultés financières.
Au total, plus de 4 700 étudiants étrangers ont vu leur autorisation de séjour annulée sans préavis ce printemps. Selon les informations communiquées lors d’une audience à Oakland, les autorités ont passé au crible les détenteurs de visas étudiants à travers une base de données du FBI, incluant les personnes arrêtées ou simplement suspectées, même sans mise en accusation. Pour les avocats des plaignants, il s’agit d’une atteinte flagrante aux droits, menée sans preuve ni procédure équitable.
Les services d’immigration (ICE) affirment avoir commencé à envoyer des lettres de réactivation aux étudiants concernés, mais les défenseurs des droits estiment que ces documents restent insuffisants et ne garantissent ni le rétablissement des visas annulés, ni une protection durable contre de nouvelles révocations arbitraires.
Certains étudiants parvenus à conserver leur place soulignent les traumatismes psychologiques subis. Un programmeur népalais au Texas, dont le statut a été suspendu à cause d’une ancienne infraction routière, raconte avoir été rongé par l’angoisse. « Si tout peut m’être retiré ainsi, au moins qu’on me donne droit à un procès », lance-t-il. Même réintégré à son poste, il envisage désormais un départ vers le Canada ou la Nouvelle-Zélande.
Un doctorant à l’université d’Iowa dit avoir traversé une « période noire » après la perte de son statut, probablement liée à des accusations de possession de marijuana. Réfugié chez lui, persuadé d’être surveillé, il était sur le point de rentrer au Bangladesh. Depuis sa réintégration, il a repris son poste d’assistant d’enseignement, mais son choix est fait : il quittera le pays d’ici la fin de l’année. « Ce diplôme ne vaut pas autant de souffrance », affirme-t-il.
Alors que le gouvernement tente de corriger le tir, les séquelles humaines et administratives persistent. Pour beaucoup, la confiance est rompue. Et l’Amérique, longtemps perçue comme une terre de savoir et d’opportunités, devient un terrain d’incertitude et de risques.