Les marchés d’objets d’occasion ont toujours été un refuge pour les catégories les moins favorisées, qu’il s’agisse de l’agence El-Balah ou du marché Diana au Caire, des marchés « Frip » en Tunisie, du souk du dimanche au Liban, ou d’autres encore, où l’on peut trouver tout ce dont on a besoin : vêtements, meubles, livres, antiquités, et même appareils électroménagers.
Mais ces dernières années, la relation des consommateurs à ces marchés a changé. Selon les estimations, la valeur du marché mondial des vêtements d’occasion est passée de 138 milliards de dollars en 2021 à 211 milliards en 2023, et pourrait atteindre environ 351 milliards d’ici 2027.
Par ailleurs, le marché de la revente d’objets d’occasion en ligne connaît une croissance rapide, transformant les objets anciens – notamment les vêtements – en une nouvelle mode et une véritable tendance.
Pourquoi la génération Z adore-t-elle les vêtements d’occasion ?
La prise de conscience croissante des questions environnementales et sociales est l’un des traits distinctifs de la génération Z, qui a grandi dans un monde confronté à de nombreuses crises écologiques et économiques. Cette génération accorde une grande importance à l’identité individuelle, ce qui peut expliquer son attrait pour les achats dans les marchés d’occasion, aussi appelés « marchés de la frugalité ». Cette tendance a été renforcée par les effets économiques de la pandémie de Covid-19, période durant laquelle beaucoup ont perdu leur emploi et ont trouvé dans ces marchés un moyen de satisfaire leurs envies de consommation à moindre coût.
Un type d’économie parallèle s’est ainsi développé, basé sur la revente d’objets d’occasion en ligne à des prix parfois plus élevés, qu’ils soient dans leur état d’origine ou recyclés pour créer de nouvelles pièces. Ce phénomène est devenu une source de revenu pour de nombreuses personnes et a stimulé la création de contenus centrés sur l’achat et la présentation d’articles anciens.
Acheter des objets d’occasion – en particulier des vêtements, des éléments de décoration ou des accessoires – renforce aussi le sentiment d’unicité, car ces pièces sont souvent différentes des articles standardisés proposés par la mode rapide.
De plus, de nombreux produits anciens sont souvent fabriqués avec un niveau de qualité et de savoir-faire supérieur à celui des produits modernes.
D’un autre côté, pour certains, le fait de dénicher et de réorganiser des pièces devient une véritable passion qui leur procure un sentiment de créativité et d’excitation.
Ce type de consommation consciente participe à la construction de l’identité personnelle, encourage le choix réfléchi, renforce l’estime de soi à travers une démarche durable, et donne à l’individu le sentiment positif de contribuer à la société tout en résistant aux effets néfastes de la fast fashion.
Le rôle des réseaux sociaux
Les plateformes de réseaux sociaux ont joué un rôle central dans cette transformation. On peut y voir des milliers de vidéos avec les hashtags #ThriftTok, #VintageFinds et autres.
L’exploration des vêtements d’occasion est ainsi devenue une tendance mondiale, soutenue par une forte interaction numérique, créant chez les individus un sentiment d’appartenance à une communauté digitale valorisant leur originalité et leur différence. Acheter de l’occasion est désormais perçu comme un acte écologique et distinctif, et non plus comme un signe de statut social inférieur.
L’autre visage de cette prise de conscience
L’industrie de la fast fashion représente plus d’un cinquième des sources de pollution mondiales. Elle est également associée à des conditions de travail inhumaines, reposant sur une main-d’œuvre bon marché, voire le travail des enfants dans les pays en développement, pour produire des vêtements rapidement périssables. Cela crée chez les consommateurs un besoin constant de renouveler leur garde-robe pour suivre des tendances changeant presque chaque mois.
Et même si l’achat de vêtements d’occasion contribue à réduire l’impact environnemental de la mode, il présente aussi une contradiction : le bas prix de ces articles, comparé aux neufs, pousse parfois à une surconsommation, à l’accumulation et à une forme d’addiction au shopping.
D’un autre côté, la hausse de la demande pour les biens d’occasion a entraîné une augmentation notable de leurs prix, privant ainsi de nombreux consommateurs modestes de l’accès à ces marchés qui représentaient autrefois leur principale ressource. Ces lieux deviennent peu à peu le terrain de consommation des classes sociales plus aisées, au détriment des moins favorisées, renforçant ainsi les inégalités sociales. En fin de compte, la consommation responsable, loin d’être une alternative éthique à la mode rapide, risque de devenir une autre forme de consommation, avec ses propres défis économiques et sociaux à ne pas négliger.