Le tribunal administratif de Grenoble avait initialement annulé l’interdiction préfectorale des rassemblements prévus ce samedi à Romans-sur-Isère, en hommage à Thomas, un lycéen de 16 ans poignardé il y a un an à Crépol. Ces manifestations, qui devaient initialement être interdites par la préfecture de la Drôme, pourront finalement se dérouler légalement.
Des interdictions jugées disproportionnées
La préfecture avait justifié son arrêté d’interdiction en évoquant des risques de « troubles importants et d’affrontements idéologiques » dans plusieurs communes, dont Romans-sur-Isère, Bourg-de-Péage, et Valence. Selon elle, ces événements auraient pu exacerber les tensions locales et compromettre l’ordre public.
Cependant, dans deux ordonnances distinctes rendues vendredi, le tribunal administratif a estimé que les interdictions n’étaient pas « adaptées, nécessaires et proportionnées ». Il a notamment relevé l’absence de preuves d’appels à la violence ou de demandes de modifications des itinéraires des manifestations. La décision a donc conclu à une « atteinte manifestement illégale à une liberté publique », en l’occurrence le droit de manifester.
Des rassemblements sous haute tension
Deux types de manifestations sont prévus ce samedi. D’un côté, le collectif Justice pour les nôtres, organisateur d’un rassemblement en hommage à Thomas et à Nicolas Dumas, un autre jeune homme tué début novembre. Ce groupe distribue depuis plusieurs jours des tracts qualifiant ces décès de « victimes de l’immigration ». Sur Instagram, le collectif a salué la décision judiciaire en affirmant : « Rassemblement autorisé. Tous à Romans samedi ! »
De l’autre, des associations de gauche et antiracistes, telles que le Collectif pour Romans, l’ASTI (Association de Solidarité avec Tou·te·s les Immigré·e·s), et le syndicat CNT, organisent une contre-manifestation. Ces groupes dénoncent ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation politique et raciste des tragédies.
La mort de Thomas, survenue lors d’un bal de village en novembre 2023, avait provoqué une onde de choc nationale. La droite et l’extrême droite s’étaient rapidement emparées du sujet, l’utilisant pour dénoncer une prétendue insécurité croissante dans les campagnes, liée selon elles aux banlieues sensibles. Dans les jours suivant l’agression, une manifestation organisée par des militants d’ultradroite s’était transformée en expédition punitive dans un quartier de Romans-sur-Isère, où résident plusieurs des 14 personnes mises en examen dans l’affaire.
Malgré la décision judiciaire favorable aux rassemblements, la maire de Romans-sur-Isère a exprimé ses craintes de débordements et regretté l’autorisation donnée aux manifestations, qualifiant la situation de « particulièrement explosive ».
Une vigilance accrue
Les autorités locales seront mobilisées pour assurer le maintien de l’ordre lors de ces événements opposés. La tension reste vive dans cette région marquée par des divisions idéologiques profondes, exacerbées par des tragédies à fort retentissement émotionnel. Ces rassemblements seront un test pour la capacité des institutions à préserver l’équilibre entre respect des libertés publiques et maintien de la sécurité collective.