Le président ougandais Yoweri Museveni devrait, sauf surprise majeure, prolonger son règne de près de quarante ans à l’issue de l’élection présidentielle prévue jeudi, dans un climat marqué par des violences de campagne et des interrogations croissantes sur sa succession.
Âgé de 81 ans, l’ancien chef rebelle arrivé au pouvoir en 1986 brigue un septième mandat face à sept adversaires. Il affirme que quatre années supplémentaires sont nécessaires pour préserver la paix et la stabilité relatives de ce pays d’Afrique de l’Est, fort de 46 millions d’habitants. Son principal rival est la star de la pop devenue figure politique Bobi Wine, 43 ans, qui avait recueilli 35 % des voix lors du scrutin de 2021 et qui mobilise une jeunesse confrontée au chômage et à la corruption.
Museveni a fait modifier la Constitution à deux reprises pour supprimer les limites d’âge et de mandat. Selon de nombreux analystes, son contrôle étroit des institutions réduit fortement les chances d’une alternance. L’élection constitue néanmoins un test important, quatre ans après que les États-Unis ont jugé le précédent scrutin ni libre ni équitable.
Sur le plan régional, l’Ouganda reste un acteur sécuritaire clé, avec des troupes déployées en Somalie, au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo ou encore en Guinée équatoriale. Sur le plan économique, la croissance, historiquement portée par le café, le tourisme et l’agro-industrie, devrait s’accélérer avec le démarrage attendu de la production pétrolière exploitée par TotalEnergies et le groupe chinois CNOOC.
La question de la succession s’invite toutefois de plus en plus ouvertement dans le débat. Beaucoup voient en Muhoozi Kainerugaba, fils du président et chef militaire influent, un héritier potentiel, même si Museveni nie toute préparation dynastique. Très actif sur les réseaux sociaux, Kainerugaba a publiquement exprimé son ambition, sans faire l’unanimité au sein du parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale (NRM), où d’autres figures se positionnent déjà.
Comme lors des scrutins précédents, la campagne a été émaillée de violences. Les forces de sécurité ont dispersé à plusieurs reprises les rassemblements de l’opposition à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs à balles réelles, faisant au moins un mort et entraînant des centaines d’arrestations. Le gouvernement justifie ces actions par la nécessité de répondre à des activités jugées illégales.
Dans un contexte régional tendu, marqué par des violences électorales récentes en Tanzanie et des manifestations meurtrières au Kenya voisin, certains observateurs n’excluent pas un risque de contagion. De son côté, Bobi Wine présente le scrutin comme un vote de protestation contre ce qu’il qualifie de « dictature », promettant de s’attaquer frontalement à la corruption.
Face à lui, Museveni conserve le soutien d’une partie de la population, notamment pour son rôle dans la stabilité régionale et l’accueil de millions de réfugiés, ainsi que pour ses relations pragmatiques avec les partenaires occidentaux. L’issue du vote devrait confirmer sa longévité politique, tout en laissant ouverte la question, de plus en plus pressante, de l’après-Museveni.