Pékin sait qu’elle doit dominer l’aviation commerciale — et les avions supersoniques sont la clé pour y parvenir.
Projets chinois pour l’avenir
Le géant chinois de l’aéronautique COMAC a dévoilé ses plans pour son avion C949, conçu pour dépasser la vitesse du son et parcourir 50 % de distance supplémentaire par rapport au Concorde, tout en produisant un bang supersonique moins bruyant qu’un sèche-cheveux.
Le premier vol de cet avion est prévu pour 2049, coïncidant avec le centenaire de la fondation de la République populaire de Chine — une date symbolique qui placerait Pékin en position de rivaliser avec les projets américains tels que le NASA X-59 ou le Overture de Boom Supersonic, au cœur d’une nouvelle course pour redéfinir le voyage aérien mondial.
Blake Scholl, PDG et fondateur de Boom Supersonic, a commenté : « L’essentiel est de constater que l’aviation supersonique est devenue une véritable course, et que la Chine est sérieusement intéressée. » « Les avions avancés sont un symbole de supériorité technologique, et il n’est pas étonnant que la Chine veuille décrocher cette couronne.»
Dans un article scientifique publié récemment dans la revue Acta Aeronautica Sinica, des ingénieurs de COMAC détaillent un avion capable de voler à Mach 1,6 sur 4225 miles (environ 6800 km), surpassant ainsi la portée du Concorde (2796 miles).
Un design aérodynamique unique
Le secret réside dans un fuselage à « courbure inversée », une forme aérodynamique où le centre du corps de l’avion est concave plutôt que convexe. COMAC explique que cette forme réduit l’intensité des ondes de choc. Le design intègre également un nez long et fin pour diviser les ondes de pression, ainsi que des protubérances aérodynamiques près des moteurs afin de minimiser les perturbations d’échappement. L’avion se distinguera aussi par l’absence d’un cockpit traditionnel.
Une ressemblance avec le X-59
Son profil effilé rappelle fortement celui du NASA X-59. Une étude relayée par le South China Morning Post indique que, selon les simulations menées par l’équipe dirigée par Wu Dawei, expert en aérodynamique chez COMAC, le C949 réduirait le bang supersonique à 83,9 décibels — l’équivalent du bruit d’un sèche-cheveux — soit seulement 5 % du bruit généré par le Concorde (105 décibels). À titre de comparaison, le NASA X-59 vise 75 décibels, équivalant à un lave-vaisselle.
Comme LA NASA, COMAC espère que la réduction du bruit facilitera la levée de l’interdiction de vol supersonique au-dessus des terres instaurée depuis 1971. Le bruit au décollage du C949 resterait dans les limites acceptées pour les aéroports proches des zones urbaines.
Systèmes d’intelligence artificielle
Contrairement au X-59, le C949 sera doté de systèmes d’intelligence artificielle. Son système de contrôle de vol assisté par IA ajustera 100 fois par seconde les surfaces aérodynamiques pour compenser l’instabilité due à la haute vitesse.
Le C949 sera propulsé par deux moteurs à cycle adaptatif capables de basculer entre un mode économique pour croisière à Mach 1,7 à 52 000 pieds et un mode « bruit réduit » à Mach 1,6 pour les basses altitudes.
Tout comme pour le X-59, son nez mesure 30 mètres, soit près de la moitié de la longueur totale de l’avion, et ses moteurs seront montés au-dessus du fuselage pour diriger les sons vers le haut.
Dave Richardson, directeur du programme X-59 chez Lockheed, explique : « Il s’agit avant tout d’une ingénierie de précision, pas de technologie magique. » Lockheed espère développer un avion commercial pouvant transporter 44 passagers sur 61 mètres de long, mais admet que de nouveaux moteurs capables de voler à Mach 1,8 sans postcombustion seraient nécessaires — un défi difficile, mais réalisable.
Développements technologiques communs
Les ingénieurs chinois devront également développer de nouveaux moteurs, tout comme Boom Supersonic. De son côté, LA NASA utilise dans son projet Quest une cabine virtuelle affichant la vision avant sur des écrans à haute résolution, éliminant ainsi les verrières classiques qui accentuent le bang sonore. COMAC n’a pas encore précisé si le C949 utilisera cette technologie, mais au vu de son design, cela semble être le choix le plus probable.
La future Overture de Boom Supersonic adoptera également ce concept, tout comme son prototype XB-1. Plutôt que de miser sur des formes aérodynamiques extrêmes, Boom utilise le phénomène de « coupure de Mach » (Mach Cutoff), en profitant de la température et du vent à 18 000 mètres d’altitude pour courber les ondes de choc vers le haut, empêchant leur impact au sol.
Bien qu’un son subsiste, il serait inaudible pour les habitants au sol, contrairement aux bangs audibles des anciennes générations d’avions supersoniques. Boom a déjà démontré ce principe lors de deux vols au-dessus du désert de Mojave en Californie.
Blake Scholl a résumé : « Ce n’est pas de la magie, juste des mathématiques. » Son objectif est de proposer des vols commerciaux à Mach 1,7 à des tarifs comparables à ceux de la classe affaires dès 2029. Il conclut : « Nous n’avons pas besoin de matériaux nouveaux, seulement d’une ingénierie plus intelligente.»