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Une étudiante iranienne de l’Université Azad de Téhéran a été arrêtée après une manifestation de défi face aux forces de sécurité. Interpellée initialement pour un voile jugé mal porté, elle s’est ensuite dévêtue, marchant en sous-vêtements devant son université. Cette scène, capturée par ses camarades, est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux.

Selon le journaliste franco-iranien Armin Arefi, cette étudiante, inscrite à la faculté de sciences et recherche de l’Université Azad, a été ciblée pour ne pas porter le « maghnaeh », un tissu couvrant obligatoire dans les institutions universitaires en Iran. La milice bassidji, force paramilitaire sous l’autorité des Gardiens de la révolution, lui aurait déchiré son hijab et ses vêtements. En réponse, elle a continué sa marche devant l’université, devant des passants sidérés, jusqu’à être emmenée par des hommes en civil vers une destination inconnue. D’après la « Newsletter Amir Kabir », la jeune femme aurait subi des violences, incluant un coup à la tête ayant causé une hémorragie.

La presse officielle iranienne a confirmé cet incident, précisant que l’étudiante portait une tenue « inappropriée » et que les agents de sécurité l’auraient « calmement » rappelée aux règles vestimentaires. Toutefois, des témoins présents contredisent cette version, évoquant des échanges tendus et des actions violentes.

Durcissement de la loi sur le port du voile

En Iran, le code vestimentaire impose le port d’un foulard et de vêtements amples pour les femmes en public. En cas de non-respect, les sanctions sont lourdes : amendes, bannissement des réseaux sociaux, voire emprisonnement pour récidive. Depuis la mort de Mahsa Amini en garde à vue en 2022, arrêtée pour un voile mal porté, une vague de protestations sans précédent a secoué le pays. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » est devenu le cri de ralliement d’une société en quête de justice et de liberté.

Pour réprimer cette contestation, le président Ebrahim Raïssi a fait voter en 2023 une loi renforçant le contrôle du voile. Le texte prévoit jusqu’à 10 ans d’emprisonnement pour toute personne apparaissant en « nudité » ou « semi-nudité » dans l’espace public, soulignant la détermination des autorités à maintenir un contrôle rigide sur les femmes iraniennes.

La mobilisation pour Ahou Daryaei

Cette jeune femme, identifiée comme Ahou Daryaei, a pris un risque considérable en se déshabillant pour dénoncer le harcèlement dont elle faisait l’objet. Sa réaction rappelle celle de Mahsa Amini, dont la mort en garde à vue avait provoqué une onde de choc en Iran et à l’échelle internationale. Aujourd’hui, de nombreuses organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, appellent les autorités iraniennes à libérer immédiatement Ahou Daryaei et à enquêter sur les allégations de mauvais traitements.

Le geste d’Ahou Daryaei s’inscrit dans une longue lignée d’actions courageuses de femmes iraniennes face à un régime oppressif. Son acte de protestation est devenu un symbole de résistance contre l’injustice, rappelant le célèbre « Tank Man » de la place Tiananmen en Chine, qui s’était dressé seul face aux chars.

Cette arrestation suscite une vague de soutien international, avec des appels à protéger Daryaei de la violence et à garantir ses droits fondamentaux. Elle invite également à une réflexion sur les choix vestimentaires et les libertés individuelles, au-delà des frontières iraniennes, et pose la question de l’équilibre entre les traditions culturelles et le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes.

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