Des roches vieilles de 4,16 milliards d’années découvertes au Québec, un record planétaire
Des roches vieilles de 4,16 milliards d’années découvertes au Québec, un record planétaire

INUKJUAK, Québec — Des chercheurs ont identifié dans le nord du Québec ce qui pourrait bien être les plus anciennes roches connues de la surface terrestre, vieilles de 4,16 milliards d’années. Nichées le long de la baie d’Hudson, dans une région reculée près de la communauté inuite d’Inukjuak, ces roches volcaniques métamorphisées offrent un aperçu exceptionnel de l’éon hadéen, période la plus primitive de l’histoire de la Terre.

L’étude, dirigée par le professeur de géologie Jonathan O’Neil de l’Université d’Ottawa, a été publiée jeudi dans la revue Science. Les scientifiques ont analysé des échantillons provenant de la ceinture de roches vertes de Nuvvuagittuq, une formation volcanique aux teintes sombres et parsemée de nuances roses et noires. Deux méthodes indépendantes de datation radioactive – basées sur la désintégration du samarium et du néodyme – ont confirmé l’âge de ces roches à 4,16 milliards d’années.

Ces roches, appelées intrusions, se sont formées lorsque du magma a infiltré d’anciennes couches géologiques avant de se refroidir lentement sous la surface terrestre. Soumises par la suite à des pressions et des températures extrêmes, elles ont été métamorphisées, devenant des témoins rares et précieux de la croûte terrestre originelle.

Selon les chercheurs, ces vestiges pourraient avoir pris forme dans des conditions extrêmes, probablement refroidis par une pluie tombant sur de la roche en fusion. Cette pluie proviendrait des premières eaux évaporées des océans primordiaux, à une époque où la Terre était encore en grande partie un enfer incandescent.

« Ces roches sont uniques. Elles constituent notre seule fenêtre directe sur la croûte terrestre de l’Hadéen », explique Jonathan O’Neil. « Elles nous aident à comprendre comment la Terre s’est stabilisée et a commencé à former une croûte solide, posant les bases de toute vie future. »

La découverte apporte un éclairage inédit sur les premiers milliards d’années de l’histoire de notre planète, une période encore largement méconnue en raison de la rareté extrême des archives géologiques de cette époque.

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