Le changement à Matignon pourrait coûter cher au monde économique. Depuis le départ de François Bayrou, les milieux patronaux observent avec inquiétude la ligne budgétaire que doit désormais tracer Sébastien Lecornu. Les 44 milliards d’effort promis suffisent difficilement à convaincre les marchés et l’opposition, et chacun s’attend à ce qu’un symbole fort passe par une contribution accrue des entreprises. Déjà mises à contribution cette année via une surtaxe exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés (8 milliards d’euros), les grandes entreprises redoutent que cette mesure soit prolongée malgré les promesses inverses de l’ancien gouvernement. En parallèle, Bercy dispose d’une série de pistes prêtes à l’emploi : suppression ou réduction de niches fiscales, réforme du crédit d’impôt recherche, rabot sur le pacte Dutreil, recentrage du crédit d’impôt pour les services à la personne, voire taxation des avantages salariaux comme les titres-restaurant ou chèques-vacances (près d’un milliard attendu).
Des concessions politiques coûteuses
Le Parti socialiste, indispensable pour éviter une motion de censure, exige des signaux « symboliques » sur les aides aux entreprises. Dans ses contre-propositions, il chiffre à 4 milliards les économies possibles sur certaines niches, mais pousse surtout de nouvelles recettes : taxe Zucman sur les ultra-riches (15 milliards), réforme de la fiscalité sur dividendes et plus-values (4 milliards), remise en cause d’exonérations de cotisations sociales (3 milliards). Autant de mesures que le gouvernement pourrait être contraint de reprendre partiellement pour obtenir une majorité.
Un équilibre précaire à trouver
Dans ce climat, les patrons craignent un cumul de mauvaises nouvelles : abandon de promesses de stabilité fiscale, alourdissement des prélèvements, incertitudes sur les dispositifs stratégiques comme le crédit d’impôt recherche. La suppression de jours fériés, prévue par Bayrou pour rapporter 4 milliards, a déjà été écartée par Lecornu. D’autres mesures d’économies restent en suspens, laissant planer le risque que les entreprises deviennent l’ajustement principal du budget. La séquence illustre un paradoxe récurrent : tout exécutif cherchant à équilibrer ses comptes finit par se tourner vers le secteur économique, perçu comme un réservoir de recettes immédiates. Mais chaque nouveau prélèvement fragilise un peu plus la promesse de stabilité fiscale dont les entreprises disent avoir besoin pour investir et recruter.