Le président de la République centrafricaine Faustin-Archange Touadéra se présente dimanche à un troisième mandat controversé, rendu possible par une réforme constitutionnelle adoptée par référendum en 2023. Après plus de dix ans au pouvoir, l’ancien mathématicien de 68 ans s’appuie sur une stratégie éprouvée dans la région, consistant à modifier les règles institutionnelles afin de prolonger son maintien à la tête de l’État.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Touadéra a profondément réorienté les alliances sécuritaires de la République centrafricaine, se tournant vers la Russie et le Rwanda pour faire face aux groupes armés qui déstabilisent le pays. L’appui russe, notamment à travers des mercenaires liés au groupe Wagner, s’est accompagné de concessions sur l’accès à l’or, aux diamants et à d’autres ressources stratégiques, suscitant de vives critiques de la part des pays occidentaux.
Sur le plan intérieur, le président met en avant une amélioration progressive de la situation sécuritaire, même si celle-ci reste fragile et inégale selon les régions. Cette relative stabilisation a contribué à une reprise économique modeste, avec une croissance estimée autour de 3 %, dans l’un des pays les plus pauvres au monde. Touadéra souligne également ses initiatives jugées innovantes, comme l’adoption du bitcoin comme monnaie légale en 2022, avant un recul partiel face aux difficultés de mise en œuvre.
Ses opposants dénoncent toutefois une concentration accrue du pouvoir, une marginalisation de l’opposition politique et une dépendance excessive vis-à-vis de partenaires étrangers. Ils estiment que la suppression de la limitation des mandats affaiblit les institutions démocratiques et risque d’ancrer durablement le pays dans une gouvernance autoritaire.
À l’approche du scrutin, Touadéra apparaît néanmoins en position de force, bénéficiant du contrôle de l’appareil d’État et du soutien de ses alliés sécuritaires. L’élection devrait confirmer, sauf surprise majeure, la poursuite d’un pouvoir étroitement lié à Moscou et marqué par des choix politiques atypiques, entre sécurité sous influence étrangère et paris économiques audacieux.