En dépit de leur niveau de diplôme, les jeunes Français mettent sensiblement plus de temps que leurs homologues européens à décrocher un emploi stable. Une note récente du Conseil d’analyse économique (CAE) alerte sur une insertion professionnelle ralentie, symptôme d’un marché du travail peu accueillant pour les nouvelles générations. Au quatrième trimestre 2024, seuls 33,7 % des 15-25 ans étaient en emploi en France, loin derrière l’Allemagne où ce taux atteignait 51 %. Pire encore, la part des NEETs – jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études – s’établissait à 12,8 %, un niveau parmi les plus élevés d’Europe. Le CAE pointe ainsi une entrée dans la vie active qui prend un à deux ans de plus en France, même pour les diplômés de l’enseignement supérieur.
Contrats précaires et déclassement en embuscade
Ce décalage n’est pas sans conséquences. Plus de la moitié des jeunes actifs français enchaînent stages, contrats courts, alternance ou intérim, freinant leur accès à un emploi stable. L’Apec, qui suit notamment les diplômés bac +3 et plus, anticipe une chute de 16 % des embauches de jeunes cadres en 2025, après une baisse de 19 % en 2024. Pour beaucoup, le premier emploi ne sera pas un poste à la hauteur de leurs qualifications, provoquant un déclassement durable et des cicatrices sur l’ensemble du parcours professionnel. Hélène Garner, directrice des données à l’Apec, alerte sur les premiers effets du ralentissement économique, qui fragilise en premier lieu les jeunes en contrat court. Elle souligne aussi l’épuisement des leviers classiques : malgré quarante années de politiques dédiées, le problème persiste. Et la baisse récente des aides à l’alternance, moteur d’embauche pour cette génération, pourrait aggraver la situation. En l’absence d’une approche globale intégrant logement, santé, mobilité et accès au numérique, l’entrée dans la vie active restera un parcours d’obstacles pour une large partie de la jeunesse française.