La tension monte d’un cran entre les enseignes de la grande distribution et le ministère de l’Agriculture. En pleine phase finale des négociations annuelles avec les industriels de l’agroalimentaire, la Fédération du Commerce et de la Distribution a annoncé qu’elle ne participerait plus aux réunions du comité de suivi organisées par l’État.
Dans un courrier adressé à la ministre Annie Genevard, les dirigeants des principales enseignes – E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Système U et Auchan – dénoncent des « déclarations réductrices et caricaturales » qui fragiliseraient le dialogue. Selon la FCD, les « conditions minimales d’un échange respectueux et impartial » ne seraient plus réunies. Le boycott concerne notamment la réunion prévue le 17 février, à deux semaines de la clôture officielle des négociations.
Accusations de « chantage mortifère »
À l’origine de la crise, des propos tenus par la ministre dans la presse. Elle a accusé certaines enseignes d’exercer un « chantage mortifère » sur les industriels, en exigeant des baisses de prix jugées incompatibles avec les réalités économiques du secteur agroalimentaire.
Elle a également pointé la menace de déréférencement de certaines marques en cas d’absence d’accord, une pratique régulièrement dénoncée par les industriels comme un levier de pression déterminant dans le rapport de force.
En janvier, le groupe Lactalis avait publiquement accusé la centrale d’achat européenne d’Intermarché, d’Auchan et de Casino d’avoir retiré certains de ses produits des rayons pour obtenir des baisses tarifaires. Ce type d’épisode illustre la brutalité potentielle des discussions commerciales.
Pour la distribution, les déclarations ministérielles rompent avec la méthode de travail fondée sur la confiance qui devait encadrer ces négociations. Les enseignes estiment que l’État prend parti, au risque de déséquilibrer un processus censé rester contractuel.
Un bras de fer à fort enjeu économique
Les négociations commerciales, ouvertes le 1er décembre 2025, doivent s’achever début mars. Pendant trois mois, industriels et distributeurs fixent les prix d’achat et les conditions commerciales pour les produits de grandes marques : tarifs, promotions, volumes, logistique.
Ces discussions ont un impact direct sur les prix en rayon, dans un contexte où l’inflation alimentaire reste un sujet sensible pour les ménages. Le gouvernement, déjà confronté à la colère persistante des agriculteurs, surveille de près ces tractations.
La rupture du dialogue au sein du comité de suivi ne suspend pas juridiquement les négociations privées entre industriels et distributeurs. Mais elle marque un durcissement politique inédit à ce stade du calendrier. En toile de fond, deux impératifs s’opposent : contenir les prix pour les consommateurs, tout en préservant les marges des industriels et, indirectement, les revenus agricoles. À l’approche de la date butoir, la question n’est plus seulement économique. Elle devient hautement politique.