Sebastião Salgado, le regard du monde s’est éteint à 81 ans
 Sebastião Salgado, le regard du monde s’est éteint à 81 ans

Photographe des exodes, des forêts disparues et des peuples oubliés, Sebastião Salgado est mort vendredi 23 mai à l’âge de 81 ans. Son œuvre, monumentale et humaniste, laisse une empreinte indélébile sur la photographie contemporaine.

L’humanité comme fil conducteur d’une œuvre engagée

Autodidacte au parcours singulier, Sebastião Salgado aura traversé la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe en racontant le monde à travers son objectif. Né en 1944 dans le Minas Gerais, au Brésil, d’un père propriétaire terrien et d’une mère issue d’une famille juive ukrainienne, Salgado se forme d’abord à l’économie avant de tout quitter. Exilé à Paris en 1969 pour fuir la dictature brésilienne, il débute la photographie quelques années plus tard, poussé par son épouse Lélia Wanick. Très vite, il trouve sa voie : raconter l’humain, les mouvements migratoires, les guerres, les révolutions, les peuples exploités ou déplacés.

Photographe de l’urgence sociale, il collabore avec des agences majeures comme Sygma, Gamma et Magnum, avant de créer avec Lélia leur propre agence, Amazonas Images, en 1994. Ses reportages dans plus de cent pays nourrissent ses grands projets, comme La Main de l’Homme (1993), Exodes (2000), ou Genesis (2013). Ce dernier, véritable hymne à la planète, célèbre les territoires encore vierges de l’activité humaine après une période de retrait marquée par le traumatisme du génocide rwandais. « J’allais très mal, physiquement et psychologiquement », confiait-il encore en février dernier à Télérama.

Une esthétique du noir et blanc pour une mémoire universelle

Salgado n’a jamais dérogé à sa signature : le noir et blanc, choix à la fois technique et symbolique. À travers ses images, souvent comparées à des fresques classiques par leur composition et leur intensité, il cherche à saisir la dignité de l’homme, même dans la détresse. Serra Pelada, ses clichés d’orpailleurs couverts de boue au Brésil en 1986, sont devenus iconiques, tout comme ses photographies des famines africaines ou des populations déplacées d’Amérique centrale et d’Asie.

Son approche visuelle, parfois critiquée pour esthétiser la misère, reste profondément marquée par l’éthique du témoignage. « Son travail vient du cœur », disait de lui Henri Cartier-Bresson, son ami et mentor. Dans ses dernières années, il s’est également consacré à la reforestation de sa région natale, replantant plus de trois millions d’arbres avec Lélia.

Lauréat de nombreux prix, dont celui de la Fondation Hasselblad (1989) et le prix Prince des Asturies des arts (1998), Salgado était membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2016. Selon un communiqué de sa famille relayé par l’AFP, il est mort des suites d’une leucémie, conséquence de complications liées à une forme rare de malaria contractée en 2010 lors de son projet Genesis.

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