“L’Éternaute” : la série argentine post-apocalyptique qui mêle science-fiction et mémoire collective
“L’Éternaute” : la série argentine post-apocalyptique qui mêle science-fiction et mémoire collective

Inspirée d’une bande dessinée culte née en pleine guerre froide, L’Éternaute, nouvelle série Netflix sortie le 30 avril, transpose avec puissance une histoire d’invasion extraterrestre dans le Buenos Aires contemporain. Un récit haletant porté par Ricardo Darin, devenu plus que jamais figure de résistance.

Neige mortelle et invasion extraterrestre : un récit de survie collectif

Dans L’Éternaute, tout commence par une tempête aussi soudaine que létale. Alors que l’été bat son plein à Buenos Aires, des flocons de neige s’abattent sur la ville, tuant instantanément ceux qui les touchent. Parmi les rares survivants, un groupe d’habitants ordinaires, menés par Juan Salvo – interprété par l’acteur star Ricardo Darin –, tente de comprendre ce phénomène, et d’y faire face. Très vite, les survivants réalisent que cette neige n’est que la première étape d’une attaque massive orchestrée par des créatures surnaturelles : insectes géants, humanoïdes, et autres formes de domination sourde.

Le cadre de cette série en six épisodes, réalisée par Bruno Stagnaro, est argentin jusqu’au bout des rails : les rues désertées de Buenos Aires, les stades abandonnés et les coupures de courant servent un climat d’effondrement tangible, que renforcent des effets spéciaux maîtrisés. La production a d’ailleurs profité des rues vides durant la pandémie de Covid-19 pour filmer des scènes urbaines saisissantes de silence et de désolation.

Une adaptation politique et actuelle d’un classique de la BD argentine

Publiée pour la première fois en 1957, la bande dessinée L’Éternaute d’Héctor Germán Oesterheld et Francisco Solano López était alors révolutionnaire : c’était la première fois qu’un récit de science-fiction se déroulait à Buenos Aires, et non dans des contrées américaines ou interstellaires. Au fil des décennies, et à travers plusieurs versions réécrites dans les années 70 et 80, cette œuvre est devenue un symbole en Argentine, notamment après la disparition d’Oesterheld, arrêté par la junte militaire pour ses engagements politiques. Depuis, L’Éternaute est lue comme une allégorie de la dictature, de la répression, et de la résistance collective.

La série ne renie rien de cette filiation. Bien que modernisée, elle garde ce souffle engagé. Elle résonne fortement dans l’Argentine d’aujourd’hui, où la culture est fragilisée par la politique d’austérité du président Javier Milei. Ricardo Darin n’hésite pas à dénoncer cette situation : « Il est difficile d’avaler qu’on dépende désormais uniquement de l’intérêt d’une plateforme pour pouvoir montrer quelque chose au monde », déclare-t-il à l’AFP.

Pour l’acteur de Dans ses yeux et Argentina, 1985, L’Éternaute est aussi une fable universelle : « Les peuples qui ont su survivre sont ceux qui se sont rassemblés, défendus côte à côte », dit-il. « Personne ne se sauve seul » : ce message, gravé dans la BD d’origine, irrigue toute la série.

Lancée mondialement sur Netflix, L’Éternaute s’inscrit dans une lignée post-apocalyptique aujourd’hui dominée par des productions anglo-saxonnes ou sud-coréennes. Mais son ancrage local, sa portée politique et sa sincérité narrative lui donnent une singularité

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