Hollywood : la Californie double ses crédits d’impôt pour tenter de freiner la fuite des tournages
Hollywood : la Californie double ses crédits d’impôt pour tenter de freiner la fuite des tournages

Face à la crise qui frappe de plein fouet son industrie audiovisuelle, la Californie mise sur une hausse massive des aides fiscales à destination des studios. Une bouffée d’air pour Hollywood, mais peut-être pas un remède suffisant.

La nouvelle était attendue par tout un secteur à la peine : vendredi 27 juin, les élus californiens ont voté le doublement des crédits d’impôts accordés aux productions cinématographiques et télévisuelles. Le plafond annuel passe ainsi de 330 à 750 millions de dollars. Un geste fort, destiné à enrayer l’exode croissant des tournages vers d’autres États américains – comme la Géorgie ou le Nouveau-Mexique – ou à l’étranger, au Royaume-Uni, en France ou encore au Canada.

Un secteur en crise profonde

La mesure intervient dans un contexte particulièrement tendu pour Hollywood. Après les longues grèves des scénaristes et acteurs en 2023, la reprise s’est révélée laborieuse. Selon les derniers chiffres, le nombre de jours de tournage à Los Angeles a atteint en 2024 son plus bas niveau historique hors pandémie. Et les emplois dans l’audiovisuel ont chuté de près de 30 % dans l’État entre 2022 et 2024, d’après Variety.

Depuis des années, les productions sont attirées par des incitations fiscales plus généreuses ailleurs, où les coûts de production sont moindres. Les grands studios, y compris Marvel, ont ainsi délocalisé une large part de leurs tournages à Atlanta ou à l’international. Une tendance qualifiée de « runaway productions » par l’industrie, et que le nouveau dispositif fiscal californien espère freiner.

Un signal fort, mais des doutes sur son efficacité

« Il est temps de ramener les productions chez nous et de remettre les techniciens au travail », a réagi Rebecca Rhine, présidente de la coalition des syndicats du divertissement. Elle salue un texte obtenu après de longs mois de lobbying, soutenu à la fois par les studios, les syndicats et les représentants du secteur.

Mais certains experts relativisent la portée du geste. Avec ce nouveau plafond, la Californie se rapproche du niveau de l’État de New York (800 millions de dollars) mais reste encore en-deçà des mécanismes non plafonnés comme celui de la Géorgie. Une deuxième loi, en cours d’examen, pourrait faire grimper les taux de remboursement jusqu’à 40 % pour les tournages hors Los Angeles, contre 20 à 25 % actuellement.

Un enjeu national ?

En mai dernier, Donald Trump avait évoqué l’idée controversée d’imposer des droits de douane sur les films produits à l’étranger. Une sortie jugée irréaliste par de nombreux professionnels, qui appellent plutôt à la création d’un grand plan fédéral de soutien à la production. Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, s’est dit prêt à collaborer avec la Maison Blanche pour mettre en place une enveloppe nationale de 7,5 milliards de dollars en crédits d’impôts, dans l’objectif de soutenir l’ensemble du secteur sur le sol américain.

Si la mesure californienne constitue un premier pas, beaucoup craignent qu’elle n’arrive trop tard pour inverser la tendance. Car au-delà des incitations, c’est toute la compétitivité du modèle hollywoodien qui est aujourd’hui questionnée.

Partager