Font-de-Gaume : des peintures préhistoriques datées directement pour la première fois
Font-de-Gaume : des peintures préhistoriques datées directement pour la première fois

C’est une avancée majeure pour l’étude de l’art pariétal. Dans la grotte de Font-de-Gaume, en Dordogne, des chercheurs sont parvenus à dater directement plusieurs peintures paléolithiques grâce au carbone 14, une première dans cette région pourtant centrale pour la préhistoire. Jusqu’ici, l’âge de ces œuvres était surtout estimé à partir du style des dessins, faute de matière organique exploitable dans les pigments.

Du charbon détecté dans les pigments noirs

Le verrou scientifique semblait bien connu : dans les grottes du sud-ouest, les tracés noirs étaient généralement attribués à des oxydes de manganèse, donc impossibles à dater directement au carbone 14. L’étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences révèle au contraire que certaines figures de Font-de-Gaume ont été réalisées avec une matière colorante à base de carbone, probablement du charbon de bois, comme le rapporte l’AFP.

Pour le démontrer, les scientifiques ont examiné deux représentations noires, un bison et un “masque”, à l’aide de techniques d’imagerie et d’analyse non invasives. L’enjeu était aussi d’écarter une pollution plus récente, liée par exemple aux visites, aux torches ou à d’anciens graffitis. “Il nous fallait convaincre les collègues que c’était vraiment du carbone paléolithique et pas une contamination ultérieure”, a expliqué à l’AFP Ina Reiche, directrice de recherche au CNRS. L’imagerie hyperspectrale a permis de montrer que le carbone était bien réparti dans tout le tracé, ce qui a ensuite justifié des micro-prélèvements pour la datation.

Un bison vieux de plus de 13 000 ans

Les résultats donnent enfin des âges précis. Le bison a été daté entre 13 461 et 13 162 ans avant le présent, tandis que le masque semble avoir connu plusieurs étapes de réalisation. Sa lèvre supérieure remonterait à une période comprise entre 15 981 et 15 121 ans avant le présent, sa lèvre inférieure entre 15 297 et 14 246 ans, selon les données relayées par l’AFP. L’œil gauche apparaît en revanche beaucoup plus récent, entre 8 993 et 8 590 ans avant le présent, ce qui pourrait correspondre à une retouche tardive ou à une contamination plus moderne du pigment.

Au-delà du seul site de Font-de-Gaume, cette découverte pourrait changer la manière d’étudier l’art préhistorique dans le sud-ouest de la France. La présence de charbon dans certains pigments ouvre désormais la possibilité de dater directement d’autres figures jusque-là jugées inaccessibles à cette méthode. Pour les chercheurs, c’est la promesse d’une chronologie plus fine des œuvres pariétales et d’une compréhension renouvelée des groupes humains qui les ont laissées sur les parois.

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