Rebekka Kricheldorf revisite Les Trois Sœurs de Tchekhov avec Dolorosa, une variation contemporaine portée par une mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo. Présentée au Théâtre du Rond-Point du 5 au 15 mars, cette pièce transpose l’ennui existentiel des héroïnes tchekhoviennes dans un monde actuel, où les aspirations peinent à trouver leur place. Entre ironie mordante et mélancolie latente, Dolorosa dresse un portrait acide d’une génération en quête de sens, coincée entre désillusion et espoirs vacillants.
Dans cette version, Irina (Camille Rutherford), Macha (Elsa Guedj) et Olga (Marie-Sophie Ferdane) célèbrent successivement leurs anniversaires, constatant année après année l’inertie de leur existence. Loin de la nostalgie tchekhovienne d’un Moscou fantasmé, elles errent dans une époque où les repères s’effondrent et où l’avenir semble aussi figé que leur présent. L’écriture caustique de Kricheldorf, oscillant entre comédie cruelle et regard lucide sur notre époque, offre une réponse mordante aux interrogations tchekhoviennes. Di Fonzo Bo accentue cette modernité en mêlant extraits du texte original et dialogues contemporains, créant un va-et-vient entre passé et présent.
Avec une troupe incarnant à merveille ces âmes tourmentées, Dolorosa questionne la manière dont les idéaux se heurtent aux réalités d’un monde qui ne cesse de se réinventer sans jamais vraiment changer. Cette mise en perspective audacieuse, servie par une scénographie évocatrice et un jeu d’acteurs percutant, confère à la pièce une force particulière. Un spectacle à ne pas manquer pour les amateurs de théâtre contemporain et de réinterprétations inventives des grands classiques.