Le monde du commerce de l’art ne cesse de passer d’un scandale à un autre. Entre falsifications, surévaluations et négligence quant à la provenance des œuvres, la réapparition de toiles volées du peintre allemand Anselm Kiefer vient semer le trouble dans les maisons de ventes aux enchères entre Paris, New York et Londres.
Il ne s’agit pas cette fois de toiles classiques d’artistes anciens volées durant la période nazie, mais de six œuvres précieuses d’un artiste contemporain vivant, dont les créations figurent parmi les plus chères du marché. Kiefer, 80 ans, installé à Barjac dans le sud de la France, a déposé une plainte auprès du procureur de la République à Paris après avoir découvert deux de ses œuvres volées proposées à la vente dans une salle d’enchères de la capitale française. Par la suite, il s’est avéré que quatre autres œuvres volées figuraient également dans le même catalogue.
Selon la plainte, l’artiste avait constaté la disparition de ces six tableaux en 2003 depuis son atelier. Une enquête a donc été ouverte. La première étape a été d’identifier la personne ayant mis les œuvres en vente. D’après les informations qui ont fuité, il s’agirait d’une certaine Rabia A., âgée de 52 ans. L’artiste a immédiatement reconnu le nom : elle aurait travaillé comme nourrice à son domicile il y a 25 ans.
L’ampleur du vol peut être estimée à la lumière des prix atteints par les œuvres de Kiefer, considéré comme l’un des artistes contemporains majeurs. Ses toiles, souvent de grande taille, mêlent pigments à l’huile et matériaux bruts, leur conférant une puissance symbolique et esthétique. Présentes dans les plus grandes expositions de Suisse à New York, certaines de ses œuvres se sont vendues jusqu’à 3 millions d’euros, tandis qu’une autre a dépassé les 6 millions d’euros lors d’une vente chez Christie’s. Le total des six toiles pourrait donc excéder 10 millions d’euros.
Les enquêteurs se concentrent actuellement sur l’authenticité des œuvres, la traçabilité de leur parcours depuis leur disparition ainsi que sur l’audition de l’ancienne nourrice, afin de déterminer si elle a agi seule ou avec des complices.
La maison de vente aux enchères concernée collabore avec les autorités et n’a pas, à ce stade, été mise en cause. Toutefois, cette affaire met une nouvelle fois en lumière l’opacité du marché de l’art et la légèreté avec laquelle certains experts évaluent et valident les œuvres sans vérifier rigoureusement leur provenance et les droits de propriété.