Le 10 mars 1793, la Convention nationale décrète la formation d’un Tribunal criminel extraordinaire, destiné à juger sans appel les conspirateurs et contre-révolutionnaires. À l’initiative de Danton, ce tribunal doit permettre d’endiguer les menaces internes qui pèsent sur la République, alors que le pays est en proie à la guerre extérieure et à des soulèvements, notamment en Vendée. L’institution, bientôt connue sous le nom de Tribunal révolutionnaire, devient un pilier central de la Terreur, en instrumentalisant la justice pour servir les objectifs du gouvernement révolutionnaire. Si au départ, il fonctionne avec un cadre légal précis et un nombre restreint de juges, il évolue rapidement vers une machine répressive redoutable sous la direction d’Antoine Fouquier-Tinville, accusateur public.
Un instrument de la Terreur
Dès son instauration, le Tribunal révolutionnaire est doté d’une compétence large : il juge toute personne soupçonnée d’activités contre-révolutionnaires, qu’il s’agisse de royalistes, de modérés ou même de révolutionnaires accusés de trahison. La situation se durcit encore avec la loi des suspects du 17 septembre 1793, qui élargit la définition des crimes politiques et limite les possibilités de défense. Puis, avec la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), la justice révolutionnaire ne connaît plus que deux verdicts possibles : l’acquittement ou la mort. Entre avril 1793 et mai 1795, plus de 5 000 accusés comparaissent devant le tribunal, dont près de 2 800 sont condamnés à la guillotine, parmi eux Marie-Antoinette, Danton et bien d’autres figures de la Révolution.
La fin du Tribunal révolutionnaire
L’apogée du tribunal coïncide avec la Grande Terreur de l’été 1794, marquée par des exécutions en masse et une atmosphère de suspicion généralisée. Mais la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), entraîne un revirement politique. Fouquier-Tinville est lui-même jugé et exécuté en mai 1795, et le Tribunal révolutionnaire est officiellement supprimé le 31 mai 1795. Après avoir été l’instrument d’une justice expéditive au service de la Révolution, il devient lui-même victime des changements politiques de l’époque. Son héritage demeure une illustration marquante des excès d’un pouvoir basé sur la peur et la répression.