En compétition officielle à Berlin, Rose réunit l’actrice allemande Sandra Hüller et le réalisateur Markus Schleinzer autour d’un récit historique où l’identité devient une stratégie de survie. Dans ce film situé au XVIIe siècle, une ancienne combattante cherche à se réinventer loin de la violence, en brouillant volontairement les codes imposés par son époque.
Une héroïne du XVIIe siècle qui se travestit pour vivre libre
Rose suit une femme marquée par la guerre de Trente Ans, décidée à se retirer dans une ferme isolée et à mener enfin une existence paisible. Pour se protéger et être acceptée dans une petite communauté rurale dominée par les hommes, elle se fait passer pour un homme et gagne progressivement sa place par son labeur. Sandra Hüller a expliqué que son personnage se sert du travestissement comme d’un “déguisement” afin de vivre “en sécurité” et d’avoir “sa propre vie”, selon l’AFP.
Cette trajectoire intime devient aussi une radiographie sociale : le film s’intéresse à ce que coûte, concrètement, le fait de sortir des cases. Markus Schleinzer, qui concourt avec ce long-métrage, revendique une approche sombre de la manière dont celles et ceux qui transgressaient les normes de genre étaient traités à l’époque.
Un écho contemporain revendiqué par l’équipe du film
Pour Sandra Hüller, le sujet dépasse largement le cadre historique. Lors de la présentation du film, elle a dit voir une résonance directe avec l’actualité, estimant que des personnes “sur la voie d’une plus grande liberté” et d’une meilleure intégration se retrouvent “menacées à nouveau”, selon l’AFP. Le film a ainsi été pensé comme une œuvre qui parle du présent autant que du passé, en mettant au centre la façon dont les identités sont tolérées — ou sanctionnées — selon le contexte.
Le réalisateur inscrit aussi Rose dans une réflexion politique plus large : il a confié que, pendant le tournage, l’actualité américaine lui avait donné le sentiment que la situation pouvait “redevenir plus laide” en Occident, selon l’AFP. Schleinzer dit préférer les films qui secouent et poussent à agir, et voit dans Rose une invitation à interroger l’impact de l’identité de genre sur la vie quotidienne, allant jusqu’à évoquer, en exemple, les écarts de salaires entre femmes et hommes.