Plus qu’une simple adaptation du roman culte de Mary Shelley, Frankenstein version Guillermo del Toro, disponible sur Netflix depuis ce vendredi 7 novembre, est une introspection personnelle. Le cinéaste mexicain livre un film profondément habité, porté par un casting remarquable et une esthétique somptueuse, où l’émotion prime sur l’horreur.
Une relecture intime d’un mythe littéraire
Guillermo del Toro rêvait depuis l’enfance de réinterpréter Frankenstein. C’est en découvrant le film de James Whale avec Boris Karloff à la télévision mexicaine qu’il tombe amoureux de cette figure qu’il refuse d’appeler « monstre ». Des décennies plus tard, il concrétise ce rêve avec une version qu’il qualifie lui-même de « film autobiographique ». Pour lui, la créature abandonnée et son créateur tourmenté sont deux facettes d’un même miroir, dans lequel il se reconnaît : « Je me suis identifié à la fois à Victor et à la Créature », confiait-il récemment à Entertainment Weekly.
Le film raconte l’histoire de Victor Frankenstein (Oscar Isaac), un savant génial rongé par l’obsession de vaincre la mort. Sa créature (Jacob Elordi), façonnée à partir de morceaux de cadavres, se révèle émouvante dans sa candeur et sa solitude. Plutôt que de susciter la peur, Del Toro choisit d’éveiller l’empathie, en dessinant les contours d’un être blessé mais capable d’aimer. Cette dimension émotionnelle est centrale dans le film, qui prend le parti de montrer une créature presque belle, à rebours de la tradition cinématographique.
Une esthétique sublime au service d’un propos humaniste
Si le long-métrage impressionne par son casting Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth et Christoph Waltz c’est surtout par sa direction artistique qu’il marque les esprits. Fidèle à son goût du détail, Del Toro insuffle une atmosphère gothique puissante, entre décors brumeux, effets visuels soignés et costumes d’époque magnifiés. Le design de la créature, conçu avec le sculpteur Mark Hill, privilégie une apparence soignée, presque chirurgicale. Selon Hill, interrogé par The Verge, le choix d’une esthétique épurée reflète « la volonté de montrer une œuvre humaine, méticuleuse, et non une horreur bâclée ».
Mais Frankenstein n’est pas qu’une démonstration visuelle. Le film interroge le sens même de l’humanité, la peur de la différence, le rejet, la filiation et la responsabilité. Del Toro propose une double narration : celle du savant détruit par son ambition, et celle de la créature en quête d’amour et de reconnaissance. À travers ce récit en miroir, il explore la condition humaine dans toute sa complexité. « Peut-être que le normal, c’est ce qui est vraiment anormal », avance le cinéaste, évoquant la solitude des marginaux à laquelle il se sent profondément lié.
En parallèle du film, Guillermo del Toro poursuit sa volonté de transmission. Il a initié un partenariat avec l’école des Gobelins à Paris pour promouvoir l’animation artisanale, notamment la technique de motion capture qu’il avait utilisée pour Pinocchio. Une démarche qui prolonge sa passion pour les créatures sous toutes leurs formes.