Festival de Cannes 2025 : Oliver Laxe envoûte la Croisette avec Sirāt, odyssée spirituelle et sensorielle
Festival de Cannes 2025 : Oliver Laxe envoûte la Croisette avec Sirāt, odyssée spirituelle et sensorielle

Présenté en compétition officielle, Sirāt marque le retour très attendu d’Oliver Laxe, six ans après Viendra le feu. Avec cette fable à la fois mystique et rugueuse, le réalisateur franco-espagnol signe une œuvre radicale, entre road-movie désertique et voyage intérieur, où chaque silence pèse plus lourd que les mots.

Une rave dans le désert comme point de départ d’un chemin initiatique

Dans les premières minutes du film, une immense rave party éclate au cœur du désert marocain. C’est dans cette ambiance de transe collective, baignée de poussière et de lumière stroboscopique, que débarquent Luis (interprété par un Sergi López puissant et habité) et son fils Esteban (Bruno Núñez). Tous deux cherchent Mar, fille et sœur disparue lors d’une précédente fête. Munis d’une simple photo, ils arpentent les lieux, espérant une trace, un indice, une réponse.

Mais lorsque l’armée intervient pour disperser les festivaliers, Luis s’engage dans un exil volontaire. Accompagné d’un groupe de marginaux, il s’enfonce plus loin dans l’Atlas, vers une autre fête, vers un ailleurs incertain. À mesure que les kilomètres s’accumulent, le film glisse subtilement du réalisme au mythe, et le désert devient un lieu de révélation, miroir d’un monde en ruine comme d’une conscience en éveil.

Oliver Laxe convoque ici le Sirāt, pont symbolique de la tradition islamique censé relier les âmes au paradis, pour interroger la place de l’homme, sa mémoire et sa spiritualité. Les paysages écrasants, filmés en 16 mm, renforcent cette dimension sacrée, presque biblique, du chemin parcouru.

Un cinéma de l’épure, entre fin du monde et renaissance

Depuis ses débuts, Laxe façonne un cinéma contemplatif, ancré dans une lenteur volontaire, où la matière, les gestes, la lumière, disent plus que les dialogues. Dans Sirāt, cette approche atteint une intensité inédite. Le réalisateur pousse encore plus loin sa quête d’un cinéma essentiel, à la fois physique et métaphysique.

Le son, qu’il traite comme une matière vivante, vient du sol autant que du ciel. Il est parfois assourdissant, parfois ténu, mais toujours organique. La caméra, quant à elle, alterne les grands plans fixes hypnotiques et les moments de tension extrême, dans une mise en scène millimétrée qui rappelle autant Tarkovski que Apichatpong Weerasethakul.

« Le monde nous oblige à regarder en nous, comme le font les personnages du film », confie Laxe en conférence de presse. « Et c’est un geste fondamental. Sirāt est né de ce désir : celui de partager un mouvement intérieur, une lumière née de l’obscurité. »

Cette quête mystique, sublimée par les paysages arides du Maroc et les regards perdus de ses personnages, trouve un écho puissant dans l’époque actuelle. L’errance n’est plus seulement géographique, elle est existentielle. Et c’est dans cette tension entre apocalypse et espoir que le film déploie toute sa force.

Avec Sirāt, Oliver Laxe livre une œuvre dense, sensorielle et profondément habitée. Un film qui, sous ses allures de fable silencieuse, frappe comme un cri. Un des chocs de cette 78e édition cannoise, à n’en pas douter.

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