Les inondations meurtrières de juillet dernier ont brutalement rappelé la vulnérabilité de Pékin face aux événements climatiques extrêmes. Dans le district montagneux de Huairou, au nord de la capitale chinoise, un hôtelier, Cui Jian, et ses clients ont dû passer la nuit bloqués sur un toit sous des pluies torrentielles, avant que les sauveteurs ne parviennent à les rejoindre dans un paysage noyé sous un mètre de boue et de limon.
En l’espace d’une semaine, Huairou et le district voisin de Miyun ont enregistré l’équivalent d’une année entière de précipitations. Ces crues soudaines ont emporté des villages entiers et causé la mort de 44 personnes, dans ce qui constitue la pire catastrophe de ce type depuis 2012. Pékin a ainsi connu pour la troisième fois en un peu plus d’une décennie une inondation dite « centenaire », un signe alarmant de la fréquence accrue de ces phénomènes.
Les autorités locales avaient émis leur alerte météorologique la plus grave, mais trop tard pour la plupart des habitants, déjà endormis au moment de l’annonce. « Par le passé, on fermait des sites touristiques, on évacuait des touristes et on relogeait les villageois. Prévenir à temps, c’est bien, sinon, c’est une catastrophe », déplore Cui, dont les dix propriétés rénovées pour près de cinq millions de dollars ont été submergées.
Selon les climatologues, le déplacement progressif de la ceinture pluviométrique chinoise vers le nord, sous l’effet du changement climatique, transforme le visage météorologique de Pékin, historiquement connue pour son aridité. Cette mutation expose la capitale à des précipitations plus intenses et plus fréquentes, que ses infrastructures, longtemps conçues pour faire face au manque d’eau, ne sont pas toujours prêtes à absorber.
Si Pékin a multiplié les projets d’urbanisme ambitieux et modernisé ses réseaux hydrauliques, l’adaptation au changement climatique ne figure pas encore au premier rang de ses priorités. Or, sans plan structuré pour renforcer la résilience des zones urbaines et rurales, chaque épisode pluvieux exceptionnel risque de se transformer en catastrophe humaine et économique.
Pour de nombreux habitants frappés par la tragédie, l’avenir de Pékin ne se jouera pas seulement dans ses gratte-ciels ou ses zones technologiques, mais dans sa capacité à apprendre à vivre avec un climat désormais beaucoup plus humide.