Des tirs d’artillerie entre la Thaïlande et le Cambodge forcent des familles à fuir : « On a couru vers le bunker »
Des tirs d’artillerie entre la Thaïlande et le Cambodge forcent des familles à fuir : « On a couru vers le bunker »

Dans la province thaïlandaise de Surin, aux abords de la frontière cambodgienne, la vie quotidienne a brutalement basculé jeudi pour des centaines de familles, prises au piège des échanges de tirs d’artillerie entre les forces thaïlandaises et cambodgiennes. Parmi elles, la petite Sunisa Chanprakhon, âgée de six ans, s’apprêtait à participer à la journée sportive de son école lorsque les premières explosions ont retenti.

« On n’a pas pu courir », raconte-t-elle, debout devant une tente de camping installée à la hâte par sa mère dans un gymnase universitaire transformé en centre d’évacuation. « Au lieu de ça, on a couru vers le bunker. » Le témoignage de Sunisa, aussi simple que saisissant, illustre la brutalité soudaine de la reprise des hostilités entre les deux voisins d’Asie du Sud-Est, dans ce qui est désormais considéré comme leur plus grave affrontement depuis plus d’une décennie.

Les combats, qui ont débuté jeudi matin et se sont poursuivis vendredi, opposent les armées thaïlandaise et cambodgienne dans une région frontalière disputée. Les deux camps s’accusent mutuellement d’avoir déclenché les hostilités, chacun rejetant la responsabilité de cette escalade. Des tirs d’artillerie lourde ont été signalés des deux côtés de la frontière, forçant les habitants à fuir leurs maisons dans la précipitation.

Selon les témoignages de villageois recueillis sur place, les affrontements actuels sont nettement plus violents que les escarmouches précédentes. De nombreuses familles ont trouvé refuge dans des établissements scolaires ou des bâtiments publics reconvertis en centres d’hébergement d’urgence. Des militaires patrouillent les rues, tandis que les autorités locales distribuent eau, nourriture et couvertures.

Ce regain de tension ravive un vieux contentieux frontalier entre les deux pays, souvent réactivé par des incidents ponctuels ou des mouvements militaires mal interprétés. Si aucun bilan officiel des victimes n’a encore été communiqué, l’ampleur des combats et les mouvements de population laissent présager un impact humanitaire croissant si les hostilités se prolongent.

Face à la détresse des populations civiles, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une médiation régionale rapide, afin d’éviter une crise de plus grande envergure. En attendant, dans les abris improvisés, des enfants comme Sunisa espèrent pouvoir bientôt échanger les sirènes d’alerte contre les cris de joie d’une course qu’ils n’ont pas pu courir.

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