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La journaliste Emma Vinzent révèle comment TF1 bidonne ses reportages : «Il faut faire du spectaculaire même quand il ne se passe rien»

Depuis plusieurs mois, la journaliste Emma Vinzent, qui a notamment travaillé pour TF1, publie sur Instagram et TikTok des vidéos consacrées à l’éducation aux médias, à la fabrication de l’information et aux conditions concrètes d’exercice du métier.

Dans une vidéo, elle revient sur un direct réalisé lorsqu’elle couvrait l’actualité lyonnaise pour et explique qu’il était bidonné : « C’est moi, mais j’assume pas », avant d’ajouter qu’elle faisait alors « un direct pour TF1 sur des bouchons, alors qu’il n’y a de toute évidence absolument aucun bouchon derrière moi ».

La journaliste dit vouloir expliquer pourquoi certains sujets sont exagérés voire truqués : « Pourquoi est-ce que les journalistes, ils exagèrent tout le temps ? », demande-t-elle au début de la vidéo, avant de répondre en racontant ce qu’elle présente comme le fonctionnement concret du système des correspondants. Elle indique avoir été « correspondante en région pour TF1 pendant 3 ans » et « correspondante en Inde pendant un an », tout en précisant aussitôt : « Vous allez comprendre pourquoi je mets des guillemets. » 

Emma Vinzent décrit une organisation fondée sur la sous-traitance des sujets en région

Dans son récit, Emma Vinzent explique qu’elle n’était « pas directement employée par TF1 ». Selon elle, la chaîne s’appuie sur des sociétés de production pour fabriquer « quasiment tous ces reportages en dehors de Paris, en région et à l’étranger ». Elle détaille un modèle dans lequel ces structures locales emploient des journalistes chargés de produire des sujets ensuite vendus à la chaîne. Toujours selon ses propos, « TF1 va payer environ 2000 euros pour un reportage de 2 minutes ». 

La journaliste soutient que ce mode d’organisation crée une concurrence directe entre bureaux régionaux. Lorsqu’un sujet peut être traité depuis plusieurs endroits, explique-t-elle, la rédaction en chef appelle plusieurs équipes avec une commande précise, puis retient le premier bureau capable de fournir les bons profils et le bon angle. Elle résume ce mécanisme en expliquant que les sociétés de production ont un impératif de rentabilité, autrement dit de « faire du chiffre », ce qui pousse les journalistes à chercher ce que la rédaction centrale attend, quitte à déformer la réalité, plutôt qu’à faire remonter librement ce qu’ils observent sur le terrain. 

La question du « spectaculaire » au cœur de ses accusations

Emma Vinzent affirme que ce système favorise des traitements spectaculaires, y compris lorsque la réalité est moins démonstrative que l’angle souhaité. Dans les contenus qui ont relayé sa vidéo, elle résume cette pression par une formule nette : il faut « faire du spectaculaire », même « quand il ne se passe rien ». Le sujet retenu serait alors celui qui apparaît comme « le plus spectaculaire », dans une logique de concurrence entre prestataires régionaux. 

Des déclarations qui interrogent sur la fabrication des sujets pour les JT

Les propos d’Emma Vinzent interrogent sur la fabrication des reportages régionaux pour les journaux télévisés nationaux, et plus largement celle des effets de la concurrence économique sur le traitement de l’actualité. Son récit décrit ce qu’elle assimile à une forme de « mise aux enchères » des sujets, dans laquelle la rapidité d’exécution et l’intensité du récit primeraient parfois sur la simple observation du réel. 

TF1 n’a pas encore réagi…

https://www.instagram.com/reel/DXMsHI_DArF/?igsh=MXRtY2w2NW10b3l2NA==

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