Cuba se tourne vers la Chine : Pékin devient le principal soutien économique de l’île, devant la Russie
Cuba se tourne vers la Chine : Pékin devient le principal soutien économique de l’île, devant la Russie

Alors que la Russie peine à tenir ses engagements économiques envers Cuba, la Chine renforce discrètement mais résolument sa présence sur l’île, devenant de facto le principal bienfaiteur du régime de La Havane. En 2025, Pékin finance 55 nouveaux projets solaires à travers le pays, une initiative massive qui contraste fortement avec les promesses non tenues de Moscou.

À Jatibonico, petite ville de l’intérieur cubain figée dans le temps, la situation illustre parfaitement ce tournant géopolitique. La ville, autrefois dynamique grâce à sa gigantesque sucrerie, vit désormais au ralenti : les pannes d’électricité sont fréquentes, et la production est à l’arrêt faute de carburant et de pièces détachées. Il y a deux ans, la société russe Progress Agro avait pourtant annoncé un ambitieux projet de relance de l’usine, promettant l’envoi de matériel, d’engrais et d’expertise. Rien ou presque n’a été livré depuis.

À l’inverse, les navires chinois accostent régulièrement au port de Mariel, chargés de panneaux photovoltaïques, de pièces mécaniques et de carburant. Le soutien logistique et financier de Pékin alimente la construction de dizaines de fermes solaires à travers le pays, dont celle de Cabaiguán, emblématique du virage énergétique pris sous impulsion chinoise. Ces projets, portés par des partenariats étroits entre entreprises d’État cubaines et groupes chinois, visent à réduire la dépendance du pays au pétrole importé et à résoudre la crise énergétique persistante.

Cette bascule discrète mais significative marque un changement profond dans les alliances de Cuba. Depuis la fin de la guerre froide, Moscou avait conservé un rôle de partenaire privilégié, héritage de décennies de coopération sous l’ère soviétique. Mais les difficultés économiques croissantes de la Russie, exacerbées par les sanctions internationales, ont fragilisé son influence dans la région.

La Chine, en revanche, avance ses pions sans discours idéologique, investissant dans les infrastructures critiques de l’île, notamment dans le secteur énergétique et agricole. Cette stratégie pragmatique lui permet de renforcer son ancrage géopolitique dans les Caraïbes, tout en consolidant des débouchés économiques pour ses entreprises publiques.

Pour le gouvernement cubain, acculé par une crise économique endémique, la Chine apparaît désormais comme un partenaire plus fiable que la Russie. Si cette dépendance nouvelle pose la question de la souveraineté économique à long terme, elle offre à court terme une bouffée d’oxygène vitale pour une population épuisée par les pénuries et les coupures de courant.

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