La Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) a donné son feu vert, ce jeudi 12 juin, à l’installation de vitraux contemporains dans six chapelles de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ce projet, porté par l’artiste Claire Tabouret, suscite toutefois une vive controverse parmi les défenseurs du patrimoine.
Une validation sous conditions
C’est un revirement majeur. En juillet 2024, la CNPA s’était unanimement opposée au remplacement des vitraux du XIXe siècle signés Eugène Viollet-le-Duc. Mais cette semaine, après de longues discussions, l’organisme a fini par émettre un avis favorable. Selon son président, le sénateur Albéric de Montgolfier, cette décision tient compte de la volonté affirmée du gouvernement et du diocèse de Paris d’aller de l’avant. Le président Emmanuel Macron et l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich, ont en effet exprimé leur souhait d’inscrire une marque contemporaine dans le monument restauré.
Le feu vert de la CNPA s’accompagne néanmoins d’une exigence importante : les vitraux historiques démontés devront être restaurés et exposés dans un lieu dédié. La ministre de la Culture, Rachida Dati, s’est engagée publiquement à faire respecter cette condition.
Une œuvre symbolique et une artiste choisie après concours
Le projet retenu a été conçu par Claire Tabouret, artiste française reconnue, en collaboration avec l’atelier verrier Simon-Marq, basé à Reims. Le duo a été sélectionné parmi 110 propositions, à l’issue d’un concours lancé en 2024. Le programme impose un thème figuratif autour de la Pentecôte, en cohérence avec le vitrail de l’Arbre de Jessé (1864), seul vitrail ancien conservé sur le bas-côté sud.
Le style pastel et expressif de Claire Tabouret veut incarner une vision d’unité et de renouveau, en écho à l’histoire mouvementée de la cathédrale, ravagée par un incendie en 2019 puis restaurée dans sa structure d’origine.
Une polémique persistante
Malgré l’aval de la CNPA, la décision continue de faire débat. De nombreux défenseurs du patrimoine dénoncent un projet inutile et contraire aux principes de la charte de Venise, qui proscrit normalement le remplacement d’éléments historiques intacts. Les vitraux de Viollet-le-Duc n’ayant pas été endommagés lors de l’incendie, leurs partisans estiment qu’ils devraient être conservés dans l’édifice.
Le coût du projet est estimé à 4 millions d’euros, financés par le ministère de la Culture. La fabrication des vitraux doit s’étendre sur environ deux ans, avec une installation prévue d’ici fin 2026.
La cathédrale Notre-Dame, rouverte au public en décembre 2024, n’en a pas fini avec les débats autour de son héritage et de son avenir. Avec cette nouvelle étape, elle s’apprête à mêler plus que jamais passé et création contemporaine.