Le 15 avril 1874, dans l’atelier du photographe Nadar, boulevard des Capucines à Paris, s’ouvre une exposition qui marque un tournant dans l’histoire de l’art. Trente-et-un artistes s’y regroupent en dehors du Salon officiel pour montrer une peinture nouvelle, vibrante, libre : parmi eux, Monet, Degas, Renoir, Morisot, Cézanne, Pissarro ou Sisley. Leurs œuvres capturent la lumière, les mouvements de la vie moderne, les paysages changeants. Le tableau Impression, soleil levant de Claude Monet donne son nom, par dérision, à ce nouveau courant. Le critique Louis Leroy moque ces toiles « à l’état d’ébauche », mais sans le vouloir, il baptise l’un des plus grands mouvements artistiques de l’époque moderne.
Une révolution en couleurs
Nous sommes dans l’après-guerre de 1870, une France en reconstruction, ébranlée mais avide de nouveauté. Ces artistes, affranchis des règles académiques, peignent la vérité fugace de la lumière, le quotidien, les loisirs bourgeois ou les matins brumeux. Ils choquent les esprits par leur audace : les scènes sont naturelles, les coups de pinceaux visibles, les contours tremblés. Face à l’incompréhension, ils s’entêtent, exposent encore et toujours, et finissent par triompher. Leur style influence le monde entier, et leurs tableaux sont aujourd’hui parmi les plus prisés.
Une histoire portée au théâtre
Cette épopée impressionniste, on la redécouvre aussi sur scène dans une pièce, « Les collectionnistes », consacrée au destin hors du commun de Paul Durand-Ruel, le marchand visionnaire qui crut en ces artistes avant tout le monde. En 1870, réfugié à Londres, il rencontre Monet puis, de retour à Paris, soutient avec passion Renoir, Degas, Pissarro… jusqu’à mettre en péril sa fortune. À ses côtés, sa femme — séductrice, malicieuse, combative — lutte pour sauver leur foyer et faire rayonner cet art nouveau. Un duo lumineux pour une révolution picturale. À voir au Théâtre Montparnasse jusqu’au 15 juin 2025.