Ce mercredi 30 avril, François Bayrou entame une série de consultations avec les chefs de partis pour tenter de relancer la réforme du mode de scrutin législatif vers une proportionnelle intégrale. Premier rendez-vous symbolique : Jordan Bardella et Marine Le Pen, dont le Rassemblement national est favorable à une proportionnelle… avec prime majoritaire. Ce face-à-face entre le centriste et les chefs du camp national donne le ton d’un chantier ultra-sensible.
Le problème ? Si la proportionnelle est soutenue par le MoDem, le RN, les écologistes ou les Insoumis, les visions divergent radicalement sur le type de scrutin : national ou régional, avec ou sans seuil, avec ou sans prime. À droite, Les Républicains s’y opposent farouchement, Horizons la conditionne à un retour du cumul des mandats, et chez les macronistes comme au PS, les avis sont tout sauf alignés. Or sans majorité nette à l’Assemblée, Bayrou risque de transformer sa réforme en impasse parlementaire.
Un mode de scrutin explosif en période de tensions politiques
Si le gouvernement laisse entendre qu’un texte pourrait être proposé avant la fin de la session, ni la méthode (loi ordinaire, proposition de loi ou référendum), ni le calendrier ne sont fixés. Le Rassemblement national agite d’ailleurs la menace d’une motion de censure en cas d’inaction. Dans ce contexte tendu, beaucoup dénoncent une diversion, au moment où les priorités nationales sont ailleurs : insécurité, immigration, dette publique.
Pour François Bayrou, cette réforme est une bataille personnelle qu’il porte depuis des décennies. Mais pour Emmanuel Macron, rouvrir le débat de la proportionnelle à un moment où le RN pourrait en sortir grand gagnant revient à prendre un risque politique majeur. D’autant que pour beaucoup, la réforme du scrutin ne résoudra ni la crise de confiance démocratique, ni l’absence de majorité parlementaire. Reste à savoir si Bayrou tiendra jusqu’au bout… ou s’il devra une fois de plus renoncer.