Soudan : malgré ruines et insécurité, des milliers de déplacés reviennent à Khartoum @APNEWS
Soudan : malgré ruines et insécurité, des milliers de déplacés reviennent à Khartoum @APNEWS

À Khartoum, capitale du Soudan meurtrie par plus de deux ans de guerre civile, des milliers de déplacés commencent à regagner leurs quartiers détruits, poussés par le désir de reconstruire leurs vies malgré l’absence de services essentiels et la persistance de l’insécurité.

Afaf al-Tayeb, contrainte de fuir à plusieurs reprises avec son fils depuis 2023, est revenue en juin dans sa maison du district d’Al-Qawz. Elle n’y a retrouvé qu’une structure calcinée, sans fenêtres ni souvenirs de famille, mais dit s’y sentir « enfin en sécurité » depuis l’annonce par l’armée de la reprise de la capitale aux mains des Forces de soutien rapide (RSF). Comme elle, environ 1,2 million de personnes sont rentrées entre décembre 2024 et mai 2025, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

La guerre, qui a fait plus de 40 000 morts et provoqué le déplacement forcé de 12 millions de Soudanais, a laissé Khartoum exsangue. Hôpitaux vidés, transformateurs électriques détruits, câbles arrachés : la province a subi ce que des observateurs décrivent comme un « démantèlement complet des infrastructures ». Le gouvernement local assure avoir lancé un plan de réhabilitation incluant le déblaiement des cadavres, la neutralisation des munitions non explosées et la remise en état des routes.

Mais sur le terrain, les habitants se plaignent de l’absence d’électricité, d’eau courante et de soins médicaux. « Pourquoi avoir libéré Khartoum si nous restons des mois sans services de base ? » s’interroge Afaf al-Tayeb. Certains quartiers survivent grâce à des puits, des panneaux solaires installés par les habitants et des cuisines caritatives qui distribuent encore près de 2 000 repas par jour.

Si le retour de l’armée a rassuré une partie de la population, la capitale demeure fragile. Pillages, occupations illégales de maisons et violences persistent en l’absence d’un véritable ordre civil. Pour les experts, le manque de services, combiné à une militarisation croissante, crée « une recette parfaite pour l’enracinement du crime organisé ».

Malgré tout, de jeunes habitants entreprennent de nettoyer les rues et de remettre sur pied leurs quartiers. Une volonté de résilience, mais qui se heurte à un obstacle majeur : la reconstruction de Khartoum nécessitera des milliards de dollars, alors que les bailleurs internationaux hésitent à investir dans une capitale toujours exposée à un retour des combats.

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