Paris se désengage : l’insécurité en Afrique de l’Ouest « n’est plus le souci de la France », affirme un ministre
Paris se désengage : l’insécurité en Afrique de l’Ouest « n’est plus le souci de la France », affirme un ministre

La France a clairement marqué un tournant dans sa politique africaine en déclarant, par la voix de son secrétaire d’État à la Francophonie et aux Partenariats internationaux, Thani Mohamed-Soilihi, que les problèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest ne relèvent désormais plus de sa responsabilité. Cette déclaration intervient une semaine seulement après que Paris a remis le contrôle de sa dernière grande base militaire dans la région.

« L’insécurité en Afrique de l’Ouest n’est plus le souci de la France », a déclaré le secrétaire d’État vendredi, lors d’un point de presse téléphonique tenu depuis Johannesburg, en Afrique du Sud, où il participe aux discussions du G20 sur le développement mondial. Ce propos marque une rupture nette avec la doctrine qui a guidé l’engagement militaire français au Sahel depuis plus d’une décennie.

Cette position intervient dans un contexte de repli stratégique, amorcé depuis le retrait des troupes françaises du Mali en 2022, suivi par des départs similaires du Burkina Faso et du Niger. Ces décisions ont été précipitées par la dégradation des relations diplomatiques avec les juntes militaires au pouvoir dans ces pays, lesquelles accusent régulièrement la France d’ingérence et privilégient désormais d’autres partenaires, comme la Russie.

Le retrait de Paris intervient alors que la région sahélienne reste confrontée à une insécurité persistante, marquée par la prolifération de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, mais aussi par des violences intercommunautaires et des crises humanitaires massives. Des millions de civils restent pris en étau, et de nombreux observateurs craignent que ce désengagement occidental ne laisse un vide sécuritaire aux conséquences durables.

Pour la France, ce désengagement militaire ne signifie pas un retrait total. Le discours officiel met désormais l’accent sur des partenariats « égaux » et « respectueux de la souveraineté » dans les domaines du développement, de l’éducation, et de la coopération économique. Mais la déclaration de Mohamed-Soilihi tranche avec le langage habituellement diplomatique, et pourrait être interprétée comme un aveu de lassitude ou un repli assumé face à des régimes devenus hostiles.

Reste à savoir comment cette nouvelle posture sera perçue sur le continent, notamment dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest, où les opinions publiques sont partagées entre critiques virulentes de la présence française et inquiétudes face à l’avenir sécuritaire de la région. Une chose est certaine : l’ère des opérations militaires françaises en Afrique de l’Ouest touche à sa fin, et une nouvelle page, encore incertaine, s’ouvre dans les relations franco-africaines.

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