Le Zimbabwe lance un traitement préventif du VIH à action prolongée pour les populations à haut risque (ap)
Le Zimbabwe lance un traitement préventif du VIH à action prolongée pour les populations à haut risque (ap)

À Harare, des jeunes femmes, des mères avec leurs bébés et quelques hommes ont fait la queue pour recevoir une injection d’un nouveau médicament de prévention contre le VIH, administré seulement deux fois par an. Le Zimbabwe figure parmi les premiers pays à déployer le lenacapavir, un traitement à action prolongée qui pourrait transformer les stratégies de lutte contre les nouvelles infections.

Développé par le laboratoire américain Gilead Sciences, le lenacapavir a montré lors d’essais cliniques une protection quasi totale contre le VIH. Son introduction dans dix pays africains est soutenue par le programme américain PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief), en partenariat avec le Fonds mondial. Au Zimbabwe, il est proposé gratuitement aux personnes les plus exposées : travailleuses du sexe, adolescentes et jeunes femmes, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, femmes enceintes ou allaitantes.

Pour de nombreuses bénéficiaires, la principale avancée réside dans la discrétion et la simplicité du traitement. Contrairement à la prophylaxie pré-exposition (PrEP) quotidienne sous forme de comprimés, l’injection semestrielle réduit les risques d’oubli et limite la stigmatisation.

Certaines travailleuses du sexe expliquent que la présence de comprimés pouvait susciter la méfiance de clients, qui confondaient prévention et traitement du VIH. D’autres évoquent des difficultés à suivre un traitement quotidien en raison d’horaires irréguliers ou de consommation d’alcool. Le lenacapavir, administré tous les six mois, offre ainsi une solution plus adaptée à des réalités de vie complexes.

Le ministre zimbabwéen de la Santé, Douglas Mombeshora, a souligné que « la prévention doit s’adapter à la vie réelle » et que les solutions trop visibles ou contraignantes sont souvent abandonnées.

Le Zimbabwe, comme la Zambie et l’Eswatini, a réalisé ces dernières années d’importants progrès dans le contrôle de l’épidémie, atteignant les objectifs de l’Organisation mondiale de la santé en matière de dépistage, de traitement et de suppression virale. Toutefois, les nouvelles infections demeurent préoccupantes, en particulier chez les adolescentes et les jeunes femmes.

En Afrique subsaharienne, les femmes et les filles représentaient 63 % des nouvelles infections en 2024, selon l’ONUSIDA. Chez les 10-24 ans, la prévalence du VIH est environ trois fois plus élevée chez les filles que chez les garçons, en raison notamment des inégalités de genre et de l’accès inégal aux services de santé.

Au Zimbabwe, environ 46 000 personnes réparties sur 24 sites devraient bénéficier de la première phase du déploiement un nombre limité au regard des besoins d’un pays de 15 millions d’habitants.

Le coût demeure un obstacle majeur pour un déploiement à grande échelle. Au Kenya, le prix négocié est d’environ 54 dollars par personne et par an, un montant significatif pour des systèmes de santé déjà fragiles. Gilead affirme vendre le médicament sans profit aux pays à revenu faible ou intermédiaire fortement touchés par le VIH.

Mais les experts rappellent que la baisse du prix ne suffit pas si les infrastructures, le personnel et les équipements font défaut. De nombreux pays africains dépendaient jusqu’à 80 ou 90 % des financements américains, aujourd’hui en recul après des réductions d’aide étrangère.

Les professionnels de santé soulignent également que le lenacapavir doit compléter (et non remplacer) les autres outils de prévention, notamment les préservatifs, qui protègent aussi contre d’autres infections sexuellement transmissibles.

Pour les premiers bénéficiaires, toutefois, l’impact est déjà tangible. Pouvoir se sentir protégée pendant six mois sans contrainte quotidienne représente, pour certains, un changement profond dans leur rapport à la santé et à leur activité.

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