Le Niger ordonne l'arrêt des opérations de la Croix-Rouge, l'organisation dément toute collusion
Le Niger ordonne l'arrêt des opérations de la Croix-Rouge, l'organisation dément toute collusion

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé la suspension de ses opérations au Niger après que le gouvernement de Niamey a ordonné la fermeture de ses bureaux, l’accusant de connivence avec des groupes armés islamistes. L’organisation humanitaire, présente depuis 35 ans dans le pays, réfute catégoriquement ces accusations et déplore une décision qui prive des millions de Nigériens d’un soutien vital.

La mesure émane directement des autorités militaires au pouvoir depuis le coup d’État de 2023, dirigées par le général Abdourahamane Tchiani. Dans une interview accordée à la télévision nationale fin mai, celui-ci a accusé le CICR d’avoir rencontré et collaboré avec des chefs insurgés, justifiant ainsi l’expulsion de l’organisation dès le mois de février. Le CICR a nié tout manquement à sa neutralité, affirmant qu’il est courant pour lui d’engager un dialogue avec toutes les parties à un conflit, afin d’assurer son accès aux populations en détresse.

« Le CICR ne fournit jamais à ces partis de soutien financier, logistique ou autre », a précisé l’organisation dans un communiqué publié jeudi. Elle affirme avoir respecté l’instruction d’expulser son personnel international dès réception de la décision gouvernementale, tout en maintenant une volonté de dialogue avec les autorités nigériennes. Ces tentatives sont toutefois restées sans réponse.

Patrick Youssef, directeur régional du CICR, a rappelé que l’action de l’organisation visait uniquement à venir en aide « aux personnes les plus vulnérables touchées par les conflits armés en cours », en respectant les principes fondamentaux d’indépendance, de neutralité et d’impartialité. En 2024, environ 4,5 millions de Nigériens — soit 17 % de la population — avaient besoin d’aide humanitaire en raison de l’insécurité persistante, des épidémies et des catastrophes naturelles, selon les données des Nations Unies.

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum, les autorités militaires nigériennes ont adopté une politique de rupture avec les partenaires occidentaux, expulsant les forces françaises et d’autres contingents étrangers, et renforçant leurs liens avec la Russie dans le cadre de la lutte contre les groupes djihadistes. Cette nouvelle rupture avec un acteur humanitaire majeur soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir de l’aide dans l’un des pays les plus fragiles de la région sahélienne.

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