Des villageois nigérians secoués par des frappes aériennes américaines qui ont fait trembler leurs maisons et rougir le ciel
Des villageois nigérians secoués par des frappes aériennes américaines qui ont fait trembler leurs maisons et rougir le ciel

Des habitants du village de Jabo, dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria, racontent avoir été saisis de panique après des frappes aériennes américaines menées dans la nuit de jeudi à vendredi contre ce que Washington décrit comme un camp de l’organisation État islamique. Les explosions ont fait vibrer les habitations et illuminé le ciel d’une lueur rouge intense pendant plusieurs heures, selon des témoignages recueillis sur place.

Sanusi Madabo, agriculteur de 40 ans, s’apprêtait à se coucher lorsqu’il a entendu un bruit assourdissant, qu’il a d’abord pris pour un crash d’avion. En sortant de sa maison en terre avec son épouse, il a vu le ciel s’embraser. « C’était presque comme en plein jour », a-t-il raconté, disant n’avoir compris que plus tard qu’il s’agissait d’une frappe américaine.

Le président américain Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient lancé une « frappe puissante et meurtrière » contre des combattants de l’État islamique au Nigeria. Le gouvernement nigérian a confirmé avoir coopéré avec Washington dans le cadre de cette opération.

Des habitants de Jabo affirment que leur village n’avait jamais été touché auparavant par les violences armées qui frappent d’autres localités de la région. Abubakar Sani, qui vit à quelques maisons du site de l’explosion, a évoqué une chaleur intense, des pièces qui tremblaient et des incendies déclenchés par le souffle. « Nous n’avons jamais vécu cela. Le gouvernement doit nous protéger », a-t-il déclaré.

Les autorités nigérianes n’ont pas précisé combien de sites avaient été visés ni fourni d’évaluation des dégâts ou des pertes éventuelles. Selon des habitants, aucune victime civile n’a été signalée, tandis que les forces de sécurité ont bouclé la zone.

Ces frappes interviennent après plusieurs semaines de tensions diplomatiques entre Abuja et Washington, l’administration américaine ayant affirmé que le Nigeria était le théâtre d’un « génocide des chrétiens », une accusation rejetée par les autorités nigérianes. Le ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a parlé d’une « nouvelle phase d’un ancien conflit », évoquant une coopération fondée sur le partage de renseignements.

Des analystes estiment que la cible pourrait être le groupe Lakurawa, actif dans le nord-ouest du pays et composé en grande partie de combattants étrangers venus du Sahel, bien que ses liens avec l’État islamique ne soient pas établis. Pour Bulama Burkati, spécialiste de la sécurité en Afrique subsaharienne, l’absence d’informations officielles alimente l’anxiété des populations locales.

Dans le village, des débris jonchent encore le sol. Aliyu Garba, un responsable communautaire, s’inquiète des risques pour ceux qui ramassent ces fragments dans l’espoir de les revendre. Pour Balira Sa’idu, 17 ans, qui devait bientôt se marier, le choc est profond : « Je devrais penser à mon mariage, mais j’ai peur. Je ne sais même plus si c’est sûr de rester ici. »

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