À peine l’annonce du décès de François a-t-elle fait vibrer les portails d’alerte qu’un autre tic-tic-tic s’est déclenché : celui des plateformes de paris. En quarante-huit heures, Polymarket a englouti plus de 5 millions de dollars d’enjeux, William Hill a ouvert une page dédiée et les comparateurs de cotes ont transformé les « papabili » en chevaux de départ. Crypto-parieurs, amateurs de thrillers vaticans et simples curieux : tout le monde cherche à stocker quelques satoshis sur le futur locataire du trône de Pierre. Le favori ? Pietro Parolin, numéro 2 du Saint-Siège, pour l’instant. Juste derrière, le Philippin Luis Antonio Tagle séduit les réseaux par son profil modéré, tandis que le Ghanéen Peter Turkson agite l’espoir d’un premier pape africain.
Des marchés cryptés aux vieux bookmakers : pari séculaire, engouement XXL
Rien de neuf, jure l’historien des paris : on spéculait déjà sur la soutane pontificale au xvie siècle. Sauf qu’aujourd’hui, les mises s’injectent à la vitesse d’une transaction Ethereum, hors radars réglementaires. FairPlay Sports Media parle de l’un des « événements les plus lucratifs de l’année » ; Oddschecker a carrément ouvert un onglet « Next Pope ». Pourtant, les statistiques rappellent la volatilité de l’exercice : en 2013, Bergoglio traînait à la quarantième place. Le cinéma n’aide pas : le succès du film Conclave a dopé le fantasme des intrigues cardinalices, chaque faction se voyant déjà coiffée du camauro.
Pronostics fragiles, jackpot garanti : le conclave n’a pas fini de faire sauter la banque
Reste la morale : l’Église tique sur ces jeux d’argent, mais observe le phénomène grossir, incapable d’endiguer la marée cryptée. Les cardinaux, eux, affûteront bientôt leurs bulletins dans la chapelle Sixtine ; le pari ultime se jouera hors ligne, sous fresques et sous clé. Les professeurs d’économie le répètent : la flambée actuelle dit moins l’exactitude des cotes que la fascination mondiale pour un rituel hermétique. Tant pis si les algorithmes se trompent à nouveau ; les parieurs, eux, auront palpité jusqu’au dernier panache de fumée blanche. On comptera alors gagnants et perdants, mais la banque, forcément, aura déjà empoché sa dîme.