Lundi de Pâques, des centaines de fidèles ont prié à Lourdes devant une absence devenue symbole. Le pape François, mort sans jamais fouler la cité mariale, se servait pourtant chaque matin de l’eau prélevée à la grotte… de sa réplique au Vatican. L’Argentin affectionnait Bernadette et la mystique française, mais pas au point de traverser les Pyrénées. Cette distance nourrit aujourd’hui un étrange mélange d’admiration et de regrets parmi les pèlerins.
Entre admiration privée et défiance publique
Au fil de douze ans de pontificat, François ne s’est arrêté que trois fois dans « la fille aînée de l’Église » : Strasbourg en 2014, Marseille en 2023, la Corse en 2024. Il a pourtant remis sous les projecteurs la figure de Madeleine Delbrêl et vanté la vitalité intellectuelle française. Dans les jardins du Vatican, la réplique de la grotte de Massabielle attestait de son lien intime avec Lourdes : il y passait, disait-on, pour y puiser calme et inspiration avant de s’attaquer aux dossiers brûlants de la Curie.
Un fossé idéologique creusé par la laïcité et l’immigration
La lune de miel s’achève dès 2013 avec la loi sur le mariage pour tous, puis se fissure après Charlie Hebdo quand François nuance la liberté d’expression : « On ne provoque pas la foi des autres ». En 2021, il juge la laïcité française « trop militante » ; en 2023, il fustige la fermeté de Paris sur les migrants. C’est le coup de grâce lorsqu’il décline l’invitation d’Emmanuel Macron pour la réouverture de Notre-Dame, préférant saluer les Corses la semaine suivante : « Il n’y avait qu’Emmanuel et son ego pour imaginer le contraire », raille un prélat parisien. Reste à voir si le prochain pontife versera, lui aussi, quelques gouttes d’eau de Lourdes avant de décider s’il traversera enfin la frontière.