Conclave 2025 : parier sur le futur pape, une tendance mondiale en pleine expansion
Conclave 2025 : parier sur le futur pape, une tendance mondiale en pleine expansion

Alors que le conclave chargé d’élire le successeur du pape François s’ouvrira mercredi prochain dans la chapelle Sixtine, une autre forme de fièvre s’empare du monde : les paris sur l’identité du futur souverain pontife. Des mises en ligne sur les sites de bookmakers aux jeux de type fantasy football, en passant par les paris entre amis, deviner qui deviendra le prochain pape est devenu une véritable tendance mondiale.

Selon Sam Eaton, responsable au Royaume-Uni pour la plateforme Oddschecker, spécialisée dans l’analyse des marchés de paris, l’intérêt pour l’élection papale surpasse actuellement celui de certaines compétitions sportives majeures, comme la Ligue Europa ou le championnat de Formule 1. « Nous n’avons jamais vu autant de pays intéressés par les cotes sur un événement non sportif », souligne-t-il.

Des centaines de milliers de personnes issues de 140 pays ont consulté les cotes des différents cardinaux. Rien qu’au Royaume-Uni, environ 30 000 livres (près de 40 000 dollars) ont été misés, un montant modeste comparé à d’autres événements populaires comme l’Eurovision, mais significatif pour ce type de marché.

Aux États-Unis, parier sur une élection religieuse n’est pas autorisé légalement, et des plateformes majeures comme BetMGM n’ont pas misé sur cette niche. Pourtant, dans les marchés illégaux, certains sites non régulés auraient déjà dépassé les 10 millions de dollars misés sur le futur pape, affirme Eaton.

En Italie, tout pari lié à la religion est interdit. Mais cela n’empêche pas les passionnés de participer à leur manière. Un jeu en ligne, Fantapapa, inspiré des ligues de fantasy football, connaît un succès grandissant. Plus de 60 000 personnes y participent en constituant une “équipe” de 11 cardinaux. Chaque joueur désigne un capitaine, souvent l’un des favoris, comme le cardinal italien Pietro Parolin ou le Philippin Luis Antonio Tagle.

« C’est un jeu amusant à faire entre amis, ça permet de plaisanter autour d’un événement très solennel », explique Federico La Rocca, étudiant italien de 23 ans. Le créateur du jeu, Mauro Vanetti, insiste sur l’esprit satirique et non lucratif de l’initiative : « Cela permet de désacraliser l’événement avec humour, sans malveillance. »

Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Certains dénoncent une banalisation d’un moment sacré pour les catholiques, tandis que d’autres s’inquiètent de l’explosion des comportements à risque liés aux paris. Une étude récente aux États-Unis révèle que 10 % des jeunes hommes présentent des signes de dépendance au jeu. Le Catéchisme de l’Église catholique, sans interdire explicitement les jeux d’argent, les juge « moralement inacceptables » lorsqu’ils nuisent gravement au bien-être des personnes.

Au-delà de l’identité du prochain pape, les parieurs s’amusent à deviner le nombre de tours de scrutin nécessaires, le jour de l’élection, ou encore le nom qu’il choisira. Si certains y voient une forme de profanation, d’autres estiment qu’il s’agit simplement d’une manifestation contemporaine de l’intérêt du public pour la papauté — un mélange de sacré et de spectacle, à l’image de notre époque.

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