YAPATERA, PÉROU – Bien avant d’être élu pape Léon XIV, Robert Prevost était un jeune missionnaire américain à la chevelure sombre et au sourire franc, vêtu de jeans usés et muni d’un espagnol hésitant. C’est dans le nord du Pérou, au milieu des années 1980, que ce fils de Chicago a forgé les premières armes de son ministère, dans une région marquée par la pauvreté, la violence politique et l’espoir tenace.
Arrivé en 1985 dans la ville de Chulucanas, à la lisière de la jungle, Prevost s’est rapidement fait une place dans le cœur des habitants. « Il avait une aura qui parlait aux gens », se souvient Hector Camacho, ancien enfant de chœur. Jeune curé énergique, Prevost parcourait les villages à pied ou à cheval, transportant crucifix et vin de messe, organisant des matchs de basket ou des week-ends à la plage pour les enfants, et recrutant des coachs pour les tenir éloignés de la rue.
À cette époque, le Pérou était déchiré par la guerre contre le groupe maoïste du Sentier lumineux, une période de terreur qui a coûté la vie à environ 70 000 personnes. Les prêtres, perçus comme des ennemis idéologiques, étaient régulièrement menacés. Une bombe a même détruit la porte de l’église où Prevost exerçait. « Ils avaient 24 heures pour quitter le pays sous peine de mort. Mais ils sont restés », raconte Fidel Alvarado, un autre prêtre du diocèse. « Ce qui les a convaincus, c’est l’amour des gens. »
Dans sa modeste chambre de missionnaire, Prevost, studieux et discipliné, priait dès l’aube, avant de repartir à la rencontre des fidèles. Il deviendra plus tard évêque de Chiclayo, citoyen péruvien, puis cardinal, avant d’être élu pape. Partout, il a laissé le souvenir d’un « berger qui sentait les moutons » — une expression locale pour désigner un pasteur proche de son peuple.
Les habitants se souviennent aussi d’un homme à l’humour simple, exigeant en matière de rigueur académique mais toujours compatissant. Camacho raconte comment, après le décès de la mère de Prevost, ce dernier est resté d’un calme bouleversant. Il est ensuite devenu le parrain de sa fille, Mildred, restée en contact avec lui jusqu’au Vatican. « Il m’a toujours dit : garde-moi dans tes prières comme je te garde dans les miennes », confie-t-elle.
Léon XIV, premier pape augustinien de l’histoire, est attendu dimanche pour son inauguration. Dans le nord du Pérou, ceux qui l’ont connu n’ont pas oublié ce jeune curé souriant qui, entre deux messes, enseignait le karaté, affrontait les menaces, et consolait les cœurs.