À Rome, la foi de Caravage resplendit dans une nouvelle exposition et au cœur des églises de l’ordre du pape Léon XIV
À Rome, la foi de Caravage resplendit dans une nouvelle exposition et au cœur des églises de l’ordre du pape Léon XIV

La basilique romaine des Augustins — ordre religieux auquel appartient le pape Léon XIV — abrite l’une des œuvres les plus saisissantes du peintre Michelangelo Merisi, dit Caravage : La Madone des pèlerins. À quelques pas du Vatican, ce chef-d’œuvre baroque est aujourd’hui mis en lumière dans le cadre d’une nouvelle exposition intitulée Caravaggio 2025, qui explore les liens profonds entre art, lumière et spiritualité.

Visible jusqu’au 6 juillet au Palazzo Barberini, l’exposition rassemble une vingtaine de tableaux du maître du clair-obscur, venus de collections du monde entier, de Dublin à Kansas City. De La Conversion de saint Paul à Le Martyre de sainte Ursule, ultime œuvre de l’artiste, chaque toile illustre la manière dont Caravage plaçait la lumière au service du sacré. « Pour lui, c’est la lumière qui désigne les points clés de l’histoire », explique Francesca Cappelletti, commissaire de l’exposition. « Notre expérience de vie n’a de sens que si elle est investie d’une lumière spirituelle. »

L’un des tableaux les plus emblématiques est La Madone des pèlerins, conservée dans la basilique Saint-Augustin. Peinte au début des années 1600, l’œuvre frappe immédiatement par sa frontalité : les pieds sales d’un couple de pèlerins agenouillés dominent le premier plan, tandis que la Vierge Marie, appuyée négligemment contre un chambranle, tient un enfant Jésus de la taille d’un bambin. « Cette Madone est proche d’une humanité fatiguée, blessée, sale », souligne le père Pasquale Cormio, recteur de la basilique. « Elle incarne le Dieu qui marche aux côtés des pauvres. »

Commandée à l’origine pour commémorer un pèlerinage au sanctuaire marial de Lorette, cette œuvre s’inscrit parfaitement dans la spiritualité augustinienne, centrée sur la miséricorde et l’incarnation divine dans la réalité humaine. « Le nom Madone des pèlerins fait aussi référence au fait que les Augustins accueillent ici les pèlerins en route vers le Vatican depuis le XIIIe siècle », rappelle l’historien Alessandro Zuccari.

Contrairement à l’image sulfureuse de peintre maudit qui lui est souvent associée, Caravage travaillait pour des commanditaires très pieux, notamment des cardinaux, et participait à des rites catholiques. « Nous n’avons pas d’écrits de sa main, mais il est clair pour moi que Caravage avait sa propre forme de spiritualité », affirme Zuccari. Plus de 50 de ses quelque 70 tableaux représentent des saints ou des scènes bibliques, y compris dans les commandes privées.

L’exposition montre aussi la violence mystique de certaines œuvres comme Judith décapitant Holopherne, ou David avec la tête de Goliath, où la tête tranchée de Goliath n’est autre qu’un autoportrait. Dans Le Martyre de sainte Ursule, considéré comme son dernier tableau, Caravage se représente encore une fois, stupéfait, observant l’assassinat de la sainte.

D’autres œuvres majeures sont visibles dans les églises du centre historique de Rome, notamment à Santa Maria del Popolo, communauté augustinienne qui conserve La Conversion de saint Paul et La Crucifixion de saint Pierre. À San Luigi dei Francesi, trois tableaux retracent la vie de saint Matthieu.

À quelques rues de là, dans la basilique Saint-Augustin, fidèles et touristes se pressent encore chaque jour pour admirer La Madone des pèlerins. Pour le père Cormio, c’est une occasion de transmettre l’héritage spirituel de saint Augustin : « Par la beauté de la création et des œuvres humaines, nous pouvons percevoir quelque chose de la beauté de Dieu. » Une idée que Caravage, dans toute sa lumière et sa noirceur, rend plus actuelle que jamais.

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