Emmanuel Riotte, maire LR de Saint-Amand-Montrond (Cher), a trouvé la solution miracle pour sauver sa maternité menacée de fermeture : un chèque de 1 000 € en bons d’achat locaux à toute femme qui viendra y accoucher en 2026. Objectif : passer de 200 naissances prévues à plus de 300, le seuil fatidique en dessous duquel l’ARS considère que la sécurité n’est plus garantie. Le conseil communautaire vote aujourd’hui mercredi 3 décembre, le conseil municipal jeudi : si ça passe, ce sera la première prime à la naissance « géolocalisée » de France. Et déjà, ça hurle dans le monde médical. Quatre syndicats de médecins (dont les anesthésistes-réanimateurs et les gynécos-obstétriciens) dégainent le carton rouge : « une mesure amorale », « électoraliste », « dangereuse ». Pour la Dr Anne Geffroy-Wernet, porte-parole des anesthésistes, c’est limpide : « On va attirer des femmes qui habitaient plus près d’une maternité plus sécurisée, juste pour 1 000 balles. Et l’année prochaine, quand la prime sera finie, on referme la boutique et on aura mis des bébés et des mamans en danger pour rien. » Elle rappelle la pénurie chronique de personnels : « On manque déjà de bras dans les grosses structures, alors maintenir à bout de forceps des toutes petites maternités, c’est irresponsable. »
Le maire, lui, assume le coup de poker
« C’est un service public vital, on se bat avec les armes qu’on a », répond Emmanuel Riotte. Traduction : plutôt que de voir sa maternité mourir en silence comme tant d’autres en zone rurale, il balance du cash local pour faire venir les futures mamans du Cher, de l’Allier ou de l’Indre. 1 000 €, ce n’est pas rien quand on sait que le coût moyen d’un accouchement en France tourne autour de 3 000-4 000 € pour la Sécu. Et tant pis si certaines feront 40 km de plus pour toucher le jackpot.
Une prime qui sent les municipales à plein nez
Les municipales, c’est dans quatre mois. Difficile de ne pas y voir un joli cadeau de Noël anticipé aux électeurs. D’autant que la mesure, si elle est votée, sera financée par la communauté de communes : autrement dit, l’argent public pour sauver un service public… en achetant littéralement des naissances. Les syndicats crient au détournement de fonds publics et à la mise en péril de la sécurité obstétricale. Les commerçants locaux, eux, se frottent déjà les mains : 100 à 150 bons d’achat de 1 000 €, ça fait une sacrée perfusion pour le centre-ville.
Le précédent qui fait peur
Depuis 2000, plus de 300 maternités ont fermé en France, presque toutes en dessous de 300 accouchements par an. Le discours officiel : sécurité avant tout. Le discours officieux : concentration dans les gros pôles pour faire des économies. Saint-Amand-Montrond, avec ses 200 naissances prévues, est dans le rouge écarlate. La prime de Riotte, c’est l’ultime baroud d’honneur d’un maire rural qui refuse la fatalité. Quitte à transformer l’accouchement en loterie géographique